JEAN QUEMENEUR

Paroles :

Il s'appelait Jean Quemeneur
C'était le fils d'une demi-sœur
A la fameuse madame Lareur
La grande Hortense
Celle qui tenait un caboulot
"Aux gars de Dinard et Saint-Malo"
En face la caserne du dépôt
A Recouvrance.

Sa mère était une Kervarec
Une gross' qui pue du bec
Et qu'eut pas la chance
Ave' pierr' son premier mari
Bon garçon mais faible d'esprit
Qui dans son grenier se pendit
A Recouvrance.

Son père était commis du port
Travaillant peu mais buvant fort
Il était content de son sort
Comme bien on pense
Avec sa pipe et son journal
Faisait sa ronde dans l'arsenal
Du "point du jour" au"fer à cheval"
A Recouvrance.

C'était parent aux Kervella
Qui n'à pas connu ces gens-là
Qui faisaient tant de tralala
De manigances
Portant voilettes et grands chapeaux
Qu'on aurait dit ou peu s'en faut
Qu'ça fréquentait les aristo
A Recouvrance

.../...

C'est par une nuit qu'il vit le jour
Numéro 13 d'la rue d'la tour
Il faisait noir comme dans un four
Et quand on pense
Avec ça un vrai temps de canard
De la pluie, du vent, du brouillard
C'qui mit la sage femme en retard
A Recouvrance.

Puis le malheur vint, qui l'eut cru
Son père un soir qu'il était nu
Tomba sur la tête et mourut
Sans connaissance
Et sa mère eut ce mot touchant
"Gast" me voilà veuve à présent
J'ai plus de père pour mon enfant
A Recouvrance.

Puis sa mère mourut à son tour
Toujours au 13 d'la rue d'la tour
Mais sa tante Yvonne Marc'hadour
Qu'à de l'aisance
Et du cœur autant que d'l'argent
Jura le soir de l'enterrement
D'être une mèr' pour le petit Jean
A Recouvrance.

Elle l'envoya à l'école
Où il attrapa la rougeol'
La scarlatin', la p'tit vérol'
Bref son enfance
Fut celle de tous les moutards
Enfants légitimes ou bâtards
Qu'on voit roder sur les remparts
A Recouvrance.

L'enfant grandit. Quand il fut grand
Travailleur et intelligent
Il voulut être vétéran
Ici commence
L'histoire de ses amours avec
Marie-Madeleine le poullaouec
la nièce à Jean-François Cussec
A Recouvrance

Elle était jolie comme un cour
I l l'épousa fou de bonheur
Dedans l'église de Saint-Brieuc
Ah ! quelle bombance
Ah ! quelle gaieté, quelle entrain
Mesdames, messieurs jusqu'au matin
Dans les salons du p'tit jardin
A Recouvrance

Mais à deux ou trois jours de là
Sa femme légitime le trompa
Avec un Second Maître calfat
Plein de prestance
Avec un Second Maître fourrier
Un commis du port , un pompier l'agent LE GOFF et tout l'quartier
De Recouvrance

Un soir au fond de Kervallon
Femme sans cœur et sans renom
Elle fit d'un caporal Clairon
La connaissance
Ils s'en allèrent bras d'ssous , bras d'essus
Au pardon d'la chapelle jésus
Depuis on n' les à plus revus
A Recouvrance.

Le pauvre Jean pour oublier
Se mit alors à s'arsouiller
Dans tous les bistrots du quartier
A l'espérance au débit d' la mère Pouliquen
Et même au retour du Tonkin
On le voyait soir et matin
A Recouvrance.

Or un soir qu'il ventait très fort
Roulant de bâbord à tribord
Il termina au fond du port
Son existence
D'avoir voulu le pauvr' garçon
Aider son ami Kerguanton
Larguer l'amarre du petit pont
De Recouvrance.

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