4.000 miles de Tahiti au Chili en solitaire.

(octopus) le 03/26/2007

Tahiti - Chili

5 février 2001

Octopus prend la passe de Taapuna . Ca y est, la longue préparation est derrière, laissant place à la tension du départ. Baromètre 1016 mb il n’y a pas de vent mais c’est dû à la hauteur des montagnes et c’est bien ainsi. Nos trois estomacs s’habituent aux mouvements de la houle. Quand le vent vient, c’est du prés inconfortable : la gerbe ! En regardant les cartes, je ne suis même pas sûr que l’on peut faire escale aux îles Australes. La croisière commence bien…

De grains en grains nous apercevront les sommets de l’ile de Tubuai. Cette île, je ne vais pas la lâcher.

Je souque octopus et chaque bord dans 25 nds de vent nous rapproche du lagon de Tubuai atteint le jeudi 8 février à 10 h00.

L’ESCALE DE LA RAISON

Nous nous sentons mieux d’avoir décidé que je conduirais Octopus en solo. Nathalie et Lola (3 mois) prendront l’avion et iront en Corse en attendant que j’arrive au Chili.

C’est d’humeur plus légère que nous visitons cette belle île.

lundi 19 février

Re départ pour le grand saut de 4000 miles dans les 40 èmes du Pacifique Sud. Baromètre 1015 mb.

4 000 miles de tahiti au chili en solitaire

Le vent ne rentrera que le lendemain matin vers 10 h. Du près, du près bon plein, des grains et finalement le mardi 27 on passe le parallèle 40° sud et ce sans avoir avancé à l’Est ; la bonne direction. Le support du compas électrique cassé m’a obligé à grimper un peu au dessus des barres de flèche pour le décrocher .Vraiment pas marrant et j’ai eu assez peur de tomber avec cette mer cassée.

A ce propos, pour grimper au mat, je m’étais offert une poulie frein d’escalade qui m’empêcherait de tomber. Elle m’a bien empêché de descendre aussi. J’étais comme un pantin pendu au mat avec le compas de plus d’un kilo entre les dents. Le vent varie entre le prés et tirer des bords. Un jour j’en ai tellement marre de ne pas avancer dans la bonne direction que je met à la cape et recule de 25 m.

Mercredi 28 février

A chaque fois que je winch en prenant un ris, j’ai une douleur à l’aine. Lorsque l’on navigue en solo toutes les petites misères prennent des valeurs disproportionnées. Est- ce La faiblesse d’être tout petit dans un océan aussi grand sans espérer quoique ce soit de chaleureux ?

le vendredi 2 Mars

Enfin, il y a des progrès vers l’Est, mais toujours pas de portant. Un gros pétrel me survole ; on y est dans les hautes latitudes. Les distances journalières varient entre 40 miles et 170 m. Beaucoup d’écarts dû aux conditions pas très amicales quand on va à l’Est , à Valdivia oû j’ai déjà fait escale lors d’un précédent voyage est situé à 40° sud . Il y a un yacht club « muy simpatico » en remontant la rivière toute calme.

4 000 miles de tahiti au chili en solitaire


Dimanche 11 mars

- Bloody Sunday- 994 mb, coup de vent, au portant, avec le parfum des hautes latitudes. Les planchers sont bien vissés. Rien ne bouge ; pour éviter les bruits qui entaillent les nefs j’ai mis des coussins dans les coffres. Si octopus chavire, à part un mat par terre rien de grave ne peut arriver. C’est sûr que je ne vais pas sortir humer l’air, je sais ce qu’il ce passe, la bulle plexi me le permet. Allongé dans la couchette, je suppute la force de chaque vague. La vitesse je la connais : au dessus de 9 nds l’hélice vibre et de ce long hululement je connais la pente de la vague.

Mon soucis : si le vent force encore il faut passer au tourmentin, ce que je me refuse à faire car se balader en pleine nuit pour changer la trinquette est dangereux. Le vent, d’expérience , dépasse les 50 nds, les vagues 8-9 m avec 2 systèmes de houles. Octopus est une merveille d’efficacité : chaque vague qui se met en travers de sa route est pulvérisé par 15 tonnes lancé à pleine vitesse. Merci Mr Hydrovane, vous avez créé un sacré bon régulateur.

L’attente est longue, sans fin ; On est vainqueur, on s’en tire sans dommage : pas de mat cassé, pas de chavirage, pas de capotage de toutes sortes, juste 2 grosses mises au tapis par des vagues pyramidales.

4 000 miles de tahiti au chili en solitaire


Le vent diminue. Le lendemain, c’est le désastre : des collines toujours marbrée jusqu’au bout de l’horizon et le vent qui tombe, tombe et commence à massacrer les voiles. Il me faut barrer au moteur et ça, je n’aime vraiment pas. Le vent ne reviendra que mercredi matin ! Tout ce temps sans sommeil passé à haïr la mer, les océans, les évènements terrestres qui m’ont fait partir en retard sur la « bonne » saison. Un peu de moteur histoire de se battre, à la cape séche le restant du temps pour ne pas détruire de si belles voiles et ces trains de houles qui m’envoient valdinguer en m’embourbant les neurones.

Samedi 17 mars

On repasse au nord du 40 eme S j’aperçoit un cargo au loin. Le 21 c’est une baleine qui vient me rendre visite. La mer devient phosphorescente, courant de Humboldt, c’est bon signe.

Au bout de 36 jours de mer pas du tout sympa, et 4200 m. cumulés, les cotes du Chili apparaissent, puis les points minuscules de la flottille de pêche. J’y suis presque et, bonheur, le soleil est de la partie. Plus de vent, je laisse Octopus à ses divagations et savoure un dernier thé, une dernière douche dans le cockpit. J’anticipe déjà la descente jusqu’à Ushuaia en rêvassant .

Tellement heureux d’avoir mené Octopus à bon port sans casse et d’avoir réussit mon expérience personnelle en complète autonomie pendant un mois. Je suis prêt à retrouver la civilisation et surtout annoncer à Nathalie que je suis bien là.

EPILOGUE

Trois années auparavant, nous avions effectué le même genre de parcours : Equateur – île de Pâques – Valdivia. Nous étions arrivé au Chili avant Noël.

La première partie fut un rêve : vent entre largue et ¾ arrière, 15 – 20 nds, pratiquement pas de manœuvres et une très belle moyenne 170 m. / j de Salinas à Pâques. Et quelle arrivée le matin avec le lever du soleil ! Mouillage dans la baie d’Anakena au pied des statues.

La deuxième partie fut un peu différente. Nous sommes parti avec du vent portant puis un grand calme blanc nous est tombé dessus. Au début c’est sympa, ti punch sur le pont à attendre le rayon vert, frites, bronzette etc …et puis on a mis le moteur, plein sud ; fatigué d’attendre. Vers le 40° S le vent est arrivé ; portant jusqu’à l’arrivée à Valdivia. 25 – 35 nds mais avec pas mal de manœuvres. Environ 160 m. /j et une trajectoire assez hachée due aux empannages non réalisés au bon moment. La vie à l’intérieur étaient presque comme à la maison tant c’était confortable

A l’extérieur, bien protégé par ma veste de quart Cotten, je ne me lassais pas du spectacle de mon voilier avançant si bien, si souplement sur des vagues pas toujours sympas.

Cette fois –ci, j’ai vraiment peiné à cause de la saison avancé et de la position de l’anticyclone ; 4000 m.pratiquement sans vent portant. Cette année là, Le voilier « wanderer IV » a eu une très belle traversée depuis la NZ, un Trismus alu depuis Tahiti a eu du petit temps, un voilier de 10m acier parti de Tahiti ne s’est pas trop amusé. La plaie, c’est le vent du sud qui est glacial et qui génère des houles de coté inconfortables.

Bon vent à tous - Olivier Picquaert-


Les derniers commentaires :

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j'ai compris
je regardais les menus à gauche en fait il fallait juste cliquer sur :consulter l'article sous la photo . je dois etre daltonien à mes heures - sorry-
mardi 27 mars 2007 11:24
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mode d'emploi
bonjour , j'ai voulu re- lire ce que j'avais écrit . je ne sait pas comment y arriver .
j'avais eu le meme probleme en voulant lire l'article de sailrover : Suvarov
si j'écrit un mot cle comme patagonie ou tahiti , ça ne marche pas ( chez moi )
comment faut-il procéder ?
lundi 26 mars 2007 21:55
Avatar
roberto
merci beaucoup


très bon récit qui sent bien le sel :-)

lundi 26 mars 2007 19:04
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Nico le santanadien
Juste un petit merci :-)
C'est sympa de nous faire partager cette traversée. Allez hop ! Sauvegardé !
lundi 26 mars 2007 17:24
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original
loin des sentiers battus, une expérience personnelle pour qui veut se prouver quelque chose, et une belle réussite :-)
lundi 26 mars 2007 17:19
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