La chasse sous-marine

Django le 12/11/2006

LA CHASSE SOUS-MARINE

La chasse sous-marine à pour but de mettre du poisson dans notre assiette.
Au cours d'une pérégrination maritime, nombreux sont les fonds propices à cette discipline, ce sport, cet art.

La chasse sous-marine peut être pratiquée assez jeune et très âgé (les seniors sont performants ici plus qu`ailleurs!).

Il faut tout de même être doté:

• d'une bonne condition physique
• d'un équipement adapté et intelligent
• d'une connaissance qui s`acquiert avec le temps, que je me propose de vous exposer.
Je n`aborderai dans mon exposé que la chasse sous marine en apnée puisque c`est quasiment la seule autorisée au monde.

L'apnée (1)

Ou arrêt volontaire de la ventilation.
C`est une discipline qui amène à mieux se connaître et à mieux se contrôler, le sport noble du marin circumnavigateur. Essayez de la pratiquer, vous comprendrez.

Mais, l`apnée est aussi le meilleur moyen d`avoir un accident mortel sous l`eau, la SYNCOPE, qui est un arrêt réflexe de la respiration. Il se produit sous l'eau à n`importe quelle profondeur (pas uniquement à 7 m !). Pour s'en prémunir il faut veiller les signes annonciateurs : vertiges, fourmillements dans les mains. Evitez les apnées trop longues et trop rapprochées, évitez les efforts trop violents en profondeur importante (flèche coincée), analysez votre forme physique : alcool, tabac, stress, sont des ennemis de l'apnée.

Plutôt que de s'interdire ce noble sport, il convient d’être vigilant et d’apprendre à se connaître : vie saine, efforts en relation avec ses propres capacités.


L'apnée (2)

• Toujours descendre avec de l'air dans les poumons, c`est indispensable pour le bon équilibre des échanges gazeux.

• Savoir pratiquer la compensation (le valsava) ou l'art de se pincer le nez en expirant de l'air qui rétablit la pression dans les oreilles, et ce dès les premiers décimètres de votre immersion (pression hydrostatique). A la moindre douleur persistante aux tympans, on arrête. On ne compense jamais en remontant.

• Savoir pratiquer la respiration buccale, dégager du tuba l'eau qui s'y engouffre en utilisant le nez comme soupape d'inspiration ou d`expiration.

• Assimiler la loi de Mariotte qui fait qu'au niveau d`une certaine profondeur, l'équilibre de votre équipement et de l`air de vos poumons d’une part, de la poussée d'Archimède d’autre part, fait que vous continuerez à descendre TOUT SEUL, et vice versa en remontant. C`est pourquoi on voit surgir les apnéistes comme des bouchons.

• Savoir pratiquer le CANARD, la tête s'engage en premier dans une arabesque de 180 degrés, suivi du cou, du tronc, des jambes. Les palmes pénètrent l'eau en dernier pour effectuer un palmage vertical, économe, efficace et discret.

• Un secret pour votre sécurité, plongez à deux!

Ca y est vous êtes sous l`eau, vous êtes un apnéiste. Plus vous dominez vos mouvements, plus vous êtes efficace. La lucidité est primordiale, soyez relâché ! Attention à ne pas confondre avec un autre relâchement dû à la fatigue et à la profondeur, lors d`une chasse trop longue. Vos apnées vont se bonifier avec l`entraînement, vous aurez moins envie de boire, de fumer. Votre capacité pulmonaire va augmenter. Le monde sous-marin est si merveilleux, et en apnée on le voit aussi bien qu'en « bouteilles », sans les contraintes draconiennes, et surtout on adhère à la discrétion de l'apnéiste dans le monde du silence.

Quel plaisir de décrocher sa chaîne de mouillage sans quémander une bouteille! Et comme seul l`apnéiste à le droit de tirer le poisson, allons à la chasse!


Techniques de la chasse sous-marine

La science, la chance, l'observation, l'intelligence, le matériel sont les vecteurs principaux pour glaner du poisson. Néanmoins 4 techniques prédominent.


1- L'agachon.

Les fonds sont accidentés, il y a des tombants de ci de la, du remue-ménage, on a entraperçu quelques belles pièces, sauvages, rapides, voire même craintives.
De la surface, on repère un poste de tir à l'abri des regards des poissons. Derrière un gros rocher par exemple. On s'y rend d`une apnée efficace et discrète. Ecarter les jambes pour “atterrir” en douceur. On se maintient à cette place sans regarder les poissons, on prépare son fusil dans la direction où les poissons vont venir et on appelle le gibier avec des bruits de la glotte, en tapant sur le rocher avec des cailloux ou la crosse du fusil, etc. On peut aussi soulever du sable et en faire des volutes.

Lorsque des poissons viendront voir, choisir sa cible, tirer (tir horizontal, le plus précis !). Tirer toujours la tête ou le milieu transversal du corps, jamais les extrémités. Un poisson touché doit être poursuivi (respect de l`environnement). On peut tirer ainsi : chirurgiens, daurades, carangues, barras, tarpons etc...

Attention, lors de l'agachon, vos jambes peuvent gêner une murène qui vous mordra dans les cas extrêmes, regardez ou vous vous étalez!



2- Tir à la coulée.

Lors d`un boulégeage (prospection de zone), le soleil est haut, il est 15h, ça tape! Les perroquets, les mérous semblent lents tant qu'ils ne nous voient pas. Une belle pièce digère, immobile, ou déambule doucement. Sachant que le poisson voit uniquement devant lui et sur les côtés, on coule derrière lui, en canard le plus discrètement possible avec une fluidité parfaite, le fusil pas trop en avant. On arrive par derrière le poisson, on pointe le fusil et on tire. Tir vertical, c`est le moins précis, mais les plus malins d`entre nous réussissent à s'approcher très près. On tirera mérous, perroquets, barras (juvéniles), rougets etc...



3- Tir au vol, chasse à l'indienne.

C'est assez difficile, les débutants l'utilisent et n'attrapent rien. En fait elle peut s'avérer payante lorsque le temps est médiocre, la mer ronronne, les poissons vont et viennent de tous les côtés. On effectue de nombreuses demis-plongées, et lors de celles-ci, au détour d'un rocher, d`une vision, la cible s'offrira. Le tir doit être instantané.
On peut courser sa cible (épuisant), sachant qu'elle tournera à un moment pour vous voir. La science est d'anticiper pour tirer à ce moment. On tirera, mulets, barras, jacks, carangues etc...Attention, on fatigue vite...


4- Tir au trou.

Il s`agit de repérer les trous de la surface, de descendre hors de vue de ses éventuels locataires, d`y aller pointe en avant et de savoir tirer instantanément. On fermera les yeux en descendant pour s`habituer à l'obscurité. On tirera mérous, badeches, big-eye etc...

On y trouve aussi les langoustes, en général on voit leurs antennes qui dépassent. La langouste s`attrape à la main avec gants, au lasso, au crochet. Si on la tire, c'est avec un petit fusil ou le grand, au cran le plus faible. Il faudra alors la consommer rapidement. Lors de la visite des trous, attention aux murènes, et aux oeufs de poisson qui peuvent tapisser les parois.


Toutes ces techniques assimilées, vous aurez certainement la chance de ramener du poisson. Observer les fonds, apprenez à vivre la vie sous-marine, les petits poissons appellent les plus gros. Brisez des coquillages et vous verrez la faune sous-marine rappliquer...


Le matériel.

Comme pour la pêche à la traîne, on peut investir dans du matériel coûteux, pas forcement synonyme de réussite. Si à la traîne, ça casse, à la chasse, on perd. Celui qui tire un poisson trop gros verra celui-ci tout emporter. Le fusil sans marque repérable pourra rester coincé au fond d`un trou, invisible de la surface. Comme pour la traîne le matériel de chasse sous-marine se bricole, on coud, on rapièce, on colle, on allonge, on aiguise. Ceci-dit, voyons point par point notre équipement.

• Le masque en silicone, on privilégie le confort, l`angle de vue, masques spéciaux pour les myopes...

• Les palmes, le confort, molles pour la distance, rigides pour descendre. Trop rigides elles feront maux aux mollets. Chaussons ou socquettes. Prendre une grande taille.

• L`arbalète ou fusil, plus il est long, plus vous serez un grand chasseur, mais s’il est trop grand, saurez vous l'armer, le manier ? La mer est 800 fois plus dense que l'air. Ayez un petit fusil aussi et des pièces de rechanges, les crosses blanches se retrouvent plus facilement. Au besoin, peignez votre crosse.

• La flèche, une de rechange n'est pas un luxe, maintenant on utilise uniquement les tahitiennes en inox. Avant, il y avait aussi les pointes barras, escamotables, pour tirer les loches de 300kgs. Ce temps est révolu!

• La combi, épaisse pour le froid, légère pour les tropiques où un tee-shirt et un bermudas peuvent faire l'affaire. On urine 2,5 litres lors d'une plongée de 3 heures. Les combis actuelles ont des pissettes, avantages dermatologiques, odoriférants. On peut les passer en machine. Quand on porte une combi il faut porter des plombs sur une ceinture, trop se charger est épuisant, adopter une ceinture qui se dégrafe instantanément par sécurité.

• La dague, est indispensable et se porte à l`intérieur du mollet.

• La bouée et son crochet à poissons ou la caisse (ou plate). Les chasseurs sous-marins ont l`habitude de traîner une bouée reliée au fusil par un bout de nylon de longueur variable. Ceci permet de tirer et de lâcher son fusil lors de situations inconfortables. Et de retrouver le fusil, qui sera toujours au bout de la bouée. A cette bouée, il y a un crochet pour enfiler les poissons par les ouies. Si en Afrique on opère ainsi, c'est insensé en Polynésie, à cause des requins qui ne vous laisseraient plus en paix. C'est pourquoi dans cette région, les plongeurs ont remplacé la bouée par une caisse flottante dans laquelle ils mettent leurs prises.

• La bouée et son fanion de signalisation, qui pourra paraître dérisoire si vous plongez aux Chagos…ou qui au contraire de sa vocation, attire les curieux.

Le matériel de chasse se rince après chaque plongée et se range à l'abri des UV.

A la chasse sous-marine, on achève le poisson qui n'est pas tué par le tir de la flèche. Ainsi il ne crèvera pas votre annexe ou arrêtera de se débattre dans la caisse. Ayez un stylet, ou avec votre dague passez par les ouies et transpercez le cerveau, c’est radical.

Au sujet des requins et autres dangers

• Les requins agressifs sont moins fréquents que les autres. Néanmoins, le sang et la mort les excitent, on appelle ça la frénésie. La plupart du temps un coup sur leur museau les fait fuir. Mais la mort d`une carangue et le sang les fait rappliquer, ne jamais leur tourner le dos.

• Plus ou moins dangereux les méduses, la jelly-box, uniquement en Australie mais mortelle (se renseigner sur place). Les physalies se trouvent sous les tropiques, leurs filaments se collent à la peau et vous brûlent. Le corps recouvert de filaments de physalie, vous coulerez par tétanisation des muscles respiratoires (j'ai failli en mourir!).

• Les raies ont un dard, je ne les tire jamais et vais en déguster dans les brasseries parisiennes.

• Le poisson pierre, la rascasse, se coulent dans le décor par mimétisme, regardez ou vous mettez les pieds, les mains.

• La ciguatera est omniprésente, en atlantique, pacifique, océan indien. Il n`y a pas vraiment de règles, à part que les poissons de haute mer en sont exempts. Se renseigner sur place. Il y a moins de risque avec les juvéniles.

• Le corail peut couper ou brûler. Les coupures de corail sont longues à cicatriser.

• Le cône textile a un dard, et peut être mortel.

• Le barracuda a des dents pointues et dès qu`il est tiré, il n'hésite pas à mordre. En fait de nombreux poissons vous mordront, mais seul le barra pourra faire mal.

• Les hélices, des amis bien intentionnés qui viennent vous voir, se taper l`hélice dans le crâne peut être dramatique.


Quelques plus!!!

• Le lever et le coucher du soleil sont des moments privilégies de la chasse sous-marine, allez voir vous comprendrez.

• Les passes des atolls sont des spots très très intéressants.

• Lors de vos boulégeages, faites une première plongée sans fusil, ça peut mettre en confiance les poissons.

• C'est compréhensible, on ne tire plus les tortues qui sont si délicieuses, le mérou (brun) aussi est en voie d`extinction. Savez-vous qu`il naît femelle, puis devient mâle, ou le contraire ? En tout cas il se raréfie (en mer méditerranée) tellement il est “bonhomme”.

• Avant de partir plonger, en enfilant ma combi et avant de ranger mon matériel dans l`annexe qui me mènera sur un spot, j'aiguise la pointe de ma flèche!

• La réglementation en France est draconienne, assurance, taille du poisson etc. Tout cela vous sera précisé chez votre revendeur de matériel si vous devez chasser en France.


Bonne chasse!

Django pour HEO



Les derniers commentaires :

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RIP
Dans ma fosse d'entrainement il y avait marqué
apnées statiques interdites mais on pouvait
faire un minimum d'entrainement. Un rigolo
a voulu forcer son talent sans prendre de convention de signalement avec la surface.
En fait de record le quidam était déjà mort.
Depuis on rigole encore moins.
dimanche 17 décembre 2006 18:53
Missing
thp44
réglementation
en france la chasse sous marine est interdite avec des bouteilles(amende+confiscation du matériel+bateau+remorque + voiture) .voir le aff-maritime de ton quartier le permis est gratuit( la licence ffssm payante)ils te donnent des renseignements sur la zone de péche. un derogation pour les voiliers de croisiere le bloc et l'arbalette sont autorisés a bord.
Je chasse ou plonge depuis l'age de 6ans cela est deja tres loin.
jeudi 14 décembre 2006 23:48
Avatar
Goto
Yoga
Bien ton article.
Je suis aussi un plongeur habitué, depuis tout petit et tres frequemment: du style 4*4h/sem pendant 1an ...
J ai aussi 2 amis bons plongeurs qui sont morts en apnée (Grenade et les Saintes).
J ajouterais juste que je pratique le Yoga (tous les jours, meme 3 minutes) et la photo sous-marine.
Amha, ce sont 2 bonnes approches pour apprecier le monde sous-marin, aussi vaste que celui qui est de l autre coté du miroir.
Take Care,
RV

PS : joint une photo sous marine prise hier aux Salines (Balaou d env 1m au fond à droite)
jeudi 14 décembre 2006 16:47
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"annonces"
ben dis donc la dent de cachalot a vendre, c'est toi qui l'a retirée alors? ;-)
jeudi 14 décembre 2006 14:44
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Physiologie et Apnée
L'apnée est une discipline aquatique qui apporte
de grandes satisfactions mais qui présente de réels dangers liés à la physiologie du corps.
Le plus important à comprendre:
Nous ne pouvons pas stocker l'O2.
Nous pouvons par contre modifier fortement
la quantité de CO2 du corps car le CO2
est soluble sous la forme de bicarbonates.
La raison première qui nous oblige à respirer
est l'augmentation du CO2 dans le sang, puis
la baisse de l'O2.
En hyperventilant on baisse le CO2 MAIS on ne monte pas l'O2. Quand on plonge dans un premier
temps la PaO2 monte puis descend encore plus vite
quand on remonte tandis que la PaC02 monte
toujours. Résultat on perd connaissance en remontant par manque d'O2 (plus phénomènes vagaux) et toujours sous l'eau on respire par
la PaCO2= Noyade garantie (noyade=asphyxie).
DONC NE PAS HYPERVENTILER A MORT!!!'
(cf 1/3 temps) et attention au froid!!!
jeudi 14 décembre 2006 11:46
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