Un rêve qui déteint

Ddou le 02/06/2006
"L'homme n'a pas de port, le temps n'a pas de rive, il coule et nous passons!" A. de Lamartine



Notre voisin de ponton est vieux, moche,il ne sort jamais, et en plus de bénéficier LUI, d'une place à l'année, il est vert et il déteint sur nos pare battages! Est ce celà que l'on nomme un bateau ventouse ?

La semaine dernière, un appel de la capitainerie: tous les bateaux du ponton doivent être déplacés quelques jours pour cause de travaux.
un reve qui deteint
Dès le lendemain, lorsque nous arrivons sur le port, nous sommes accueillis par un soleil d'hiver magnifique. La méteo nous annonce un F4 comme on l'aime, sur une mer belle. Nous allons donc en profiter pour sortir.
Tandis que nous sommes à bord en train de préparer le " déménagement", nous voyons arriver le petit boat moteur de la capitainerie et conjointement sur le ponton, un charmant couple de papy et mamie, canne à la main, à peu près agés de 90 ans. Tout ce beau monde converge, plus ou moins vite, vers le bateau vert.

Le jeune homme de la capitainerie monte à bord de ce qui est pour nous, une antiquité. Notre vert voisin si il avait pu, serait certainement devennu rose de plaisir, charmé de bénéficier soudainement d'autant d'interêt. Le cadenas se fait pudiquement un peu prier, il résiste, et j'entends alors le papy assurer d'une voix chevrotante mais ferme, "pourtant, il marche bien ce cadenas, il a le même âge que le bateau, 40 ans!". C'est vrai quoi, il y a encore des valeur sûres dans notre monde où tout devient jetable !

Tandis que la jeunesse s'affaire, papy et mamie restés sur la terre ferme, observent , nos préparatifs de sortie.
Au moment de larguer les amarres, je croise le regard couleur océan de la mamie, je l'entends dire, comme dans un souffle, avec une voix pleine de regrets "et oui, il faut être jeune pour en profiter, ce n'est plus pour nous".
Ces yeux bleus gris brillent un peu trop. Serait elle émue ? On dit que les yeux sont les fenêtres de l'âme...combien d'embruns, combien de lames ces yeux là ont ils essuyés sur l'océan implacable du temps ? un reve qui deteint
A défaut de pouvoir lui rendre un peu de sa jeunesse, je lui rends un sourire.
Nous nous éloignons en souriant à cette belle journée sur l'eau qui nous attend...Je souris même au bateau vert qui se prépare à être remorqué. Et soudain, je comprends son nom, Amoy, celà veut peut être dire tout simplement "à moi".

Quelques jours se sont écoulés, mais l'éclat de ce regard couleur océan perdure, et je me dis que tant que l'on peut conserver jusqu'à la fin un morceau de rêve passé, c'est tout de même joliment beau, un rêve qui déteint...un reve qui deteint

Les derniers commentaires :

Missing
antiochos
merci

pour cette petite page d'huminité.J'ai un "bateau ventouse" à coté du mien et je ne vais plus le regarder de la meme façon... Merci encore Ddou.
samedi 09 février 2008 13:51
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Magnifique

Merci STP !
Brel est éternel, lui.
samedi 09 février 2008 09:51
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STP
étonné que personne ne l'ai cité:


Les vieux ne parlent plus ou alors seulement parfois du bout des yeux
Même riches ils sont pauvres, ils n'ont plus d'illusions et n'ont qu'un cœur pour deux
Chez eux ça sent le thym, le propre, la lavande et le verbe d'antan
Que l'on vive à Paris on vit tous en province quand on vit trop longtemps
Est-ce d'avoir trop ri que leur voix se lézarde quand ils parlent d'hier
Et d'avoir trop pleuré que des larmes encore leur perlent aux paupières
Et s'ils tremblent un peu est-ce de voir vieillir la pendule d'argent
Qui ronronne au salon, qui dit oui qui dit non, qui dit : je vous attends

Les vieux ne rêvent plus, leurs livres s'ensommeillent, leurs pianos sont fermés
Le petit chat est mort, le muscat du dimanche ne les fait plus chanter
Les vieux ne bougent plus leurs gestes ont trop de rides leur monde est trop petit
Du lit à la fenêtre, puis du lit au fauteuil et puis du lit au lit
Et s'ils sortent encore bras dessus bras dessous tout habillés de raide
C'est pour suivre au soleil l'enterrement d'un plus vieux, l'enterrement d'une plus laide
Et le temps d'un sanglot, oublier toute une heure la pendule d'argent
Qui ronronne au salon, qui dit oui qui dit non, et puis qui les attend

Les vieux ne meurent pas, ils s'endorment un jour et dorment trop longtemps
Ils se tiennent par la main, ils ont peur de se perdre et se perdent pourtant
Et l'autre reste là, le meilleur ou le pire, le doux ou le sévère
Cela n'importe pas, celui des deux qui reste se retrouve en enfer
Vous le verrez peut-être, vous la verrez parfois en pluie et en chagrin
Traverser le présent en s'excusant déjà de n'être pas plus loin
Et fuir devant vous une dernière fois la pendule d'argent
Qui ronronne au salon, qui dit oui qui dit non, qui leur dit : je t'attends
Qui ronronne au salon, qui dit oui qui dit non et puis qui nous attend.


merci encore Ddou
vendredi 08 février 2008 22:54
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je lis après vous...

Ddou, c'est émouvant...
je rentre de Bretagne, Lokmariaker sous la pluie, St Goustan sous le soleil, et des petits bateaux verts ou bleus qui émaillent le blanc dominant dans les ports... je ne suis plus très jeune, et je sors mon mouchoir. Un grand merci embrumé.
vendredi 08 février 2008 22:42
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PascalP
das ist ein skandal!

che mabelle Herbert VAN TUSZ et che vou azure ke che né chamé construi dé bato!
arété dé barler dé bato VAN TUSZ!
vendredi 03 mars 2006 01:03
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