ATTERRISSAGE DE NUIT a MANTA EQUATEUR.............

sailrover le 03/21/2005

Arrivée hasardeuse la nuit à MANTA (Equateur), lors d un tremblement de terre.
. 00° 56 427 S. LONG. 080° 43 034 W

LUNDI 14 MARS 2005
Arrivée hasardeuse à MANTA (Equateur) 5éme journée
Peu importe, à 22 ou 23 heures nous serons bien tranquilles et à l’abri dans un mouillage du club de MANTA...
La ville, au loin, illuminée, s’allonge le long de la côte au fur et à mesure de notre approche. Que les derniers 10 milles semblent longs. Il fait nuit.
Le feu rouge signalant la tour de la digue, doit se voir à 15 milles, mais indécelable parmi le flot de lumières, de publicités et autres éclairages.
Notre repère par le G.P.S. et la carte sur l’écran de l’ordinateur nous guident.
La digue d’entrée sort du noir, nous l’avons bien sur notre droite. En première ligne sur la rade, de gros bateaux senneurs, mâts de charge en l’air soutenant l’extrémité de leur filet, effet de voiles dans la lumière aveuglante de leurs projecteurs.
En avançant nous découvrons une forte densité de bateaux de pêche, qui changent de taille plus nous nous avançons, en essayant de suivre notre plan.
Et nous voici perdus dans un enchevêtrement incroyable de barcasses, de cordages inquiétants, d'objets flottants pas du tout identifiés dans la pénombre. Il y en a partout.

Nuit noire, mais éclairage tamisé des digues, nous nous faufilons parmi des silhouettes inquiétantes de bateaux pourrissants, non entretenus et démodés, des paquets de bateaux grinçants, tirant sur des cordages douteux. Certains à moitié envahis par l’eau s’inclinent sur leurs flancs.

La carte nous signale deux épaves, en réalité il y en a des dizaines aussi menaçantes, à demi coulées que l’on ne décèle qu'en arrivant sur elles.
Sur l’avant je fouille la nuit des yeux, essayant de guider Marie-Ange qui est à la barre. A tribord toute, à bâbord, tout droit.

A tour d’hélice nous avançons, nous nous enfermons dans un labyrinthe de coques terrifiantes. Les marins qui passent en barque, hélés par nous, signalent que le Yacht Club est bien devant, là pas loin, croyons nous comprendre.
Las de batailler, nous mettons l’ancre dans un espace qui nous paraît possible pour notre évitage avec un maigre bout de chaîne. Enfin silence moteur coupé, sécurité, la récompense est là.

Il est 23 heures nous allons pouvoir nous reposer, dormir, dormir profondément.
Et une nuit de galère commence.
Sous l’effet d’une houle particulière étrange ce soir, tous les bateaux subissent un puissant mouvement de va et vient tourbillonnant. Nous apprendrons le lendemain que cet effet de houle est dûe à un tremblement de terre, très fréquent dans cette zone.

La houle nous fait pivoter autour de notre chaîne, nous poussant vers les plus proches voisins.
Nous nous trouvons tantôt en parallèle avec eux, sous leur poupe, ou menacés par leur proue qui se dresse bien au-dessus de nous et domine notre pont, menaçant notre étai et nos haubans.
Echappant à l’un nous sommes envoyés sur l’autre. Le plus gros, dont le nom est peint au dessus de la cabine de commandement « RAMON ENRIQUE » sera notre cauchemar toute la nuit.

Sur lequel nous nous acharnerons maintes et maintes fois, la nuit durant, à repousser notre coque de son architecture massive et épaisse.
Le plus dangereux est un bras de charge. Il se dresse à l’extérieur et sur son côté droit supportant en hauteur une grosse poulie hydraulique. Elle balance un peu à droite et à gauche, pouvant à tout moment avec facilité nous sectionner nos câbles et faire tomber notre mât.

Notre chance est que du même côté, deux barques amarrées côte à côte, serviront de pare-battage, que nous viendrons écraser régulièrement dans un bruit inquiétant.

Mais, elles nous tiennent écartées de deux mètres du danger. Cela nous permet de nous repousser un peu plus et d'éviter à 20 centimètres prés, d’être fauchés par cette potence ballotante.
Suivant le côté de nos abordages, le moins dangereux est de venir s’écraser contre la masse de l’énorme filet débordant sur son arrière et ses côtés équipé d’une foule de flotteurs en polystyrène qui crissent sous nos efforts pour nous éloigner.
Nous sommes coincés entre les arrières des deux chalutiers proches. Il faut ajouter à cela l’odeur forte et permanente de l’eau croupie dans laquelle flottent des poissons pourris, des emballages et des plaques d’huile. Cela nous soulève le cœur et nous sommes si fatigués.

L'urgence est de se déplacer, de chercher dans ce cloaque un meilleur espace. Mais, il est impossible de relever notre ancre. A la suite de plusieurs efforts renouvelés, forçant le guindeau manuel à la limite de casser, nous réussissons tout de même à faire apparaître les pointes de l'ancre.

Nous avons crocheté la chaîne du gros « Ramon Enrique » et sommes cloués là.
Plusieurs tentatives avec le moteur en avant, en arrière, de côté, n’ont rien données, qu’à ajouter à notre épuisement.

Pénible et folle nuit à peiner et à veiller, étendus dans le cockpit, à bondir, toutes les 5 minutes, dès le moindre rapprochement des bateaux, pour sauver notre coquille.
Au petit jour, nouveaux essais pour arracher notre ancre et soulever la chaîne de l’autre pour nous dégager, nos efforts maximum ne produisent aucun effet. Je hèle un homme qui passe en barque à proximité, avec son aide et celui d’un cordage nous arrivons à nous libérer enfin.
A ce moment nous nous apercevons, avec angoisse, que nous n’avons pas remonté hier soir notre ligne à la traîne, celle ci lors de nos manœuvres s’est prise dans notre hélice!!!

Par chance nous avons pu nous dégager, et faire cent mètres avant d’avoir notre hélice bloquée sans plus pouvoir manœuvrer. Nous sommes parmi une centaine de barques de pêche à moteur, amarrées les une aux autres par de curieux cordages flottants qui partent dans toutes les directions.


Ancre à l’eau une fois de plus en catastrophe, je plonge avec masque et tuba dans une houle gênante et une eau complètement trouble. Le nez sur l’hélice que je trouve à tâtons, muni d’un cutter j’enlève les bouts de notre ligne.
Du bout des doigts je sens que notre anode est en retrait sur ses vis, un peu desserrée en somme, ce qui provoque le bruit infernal à travers la coque.
Avec l’aide d’un tournevis je réussis à la remettre en place, dégageant ainsi l’hélice qui retrouve sa mobilité. Nous nous éloignons enfin du troupeau de barcasses pour remouiller un peu à l’écart.

Impossible d’aller à terre, il serait dangereux de laisser Sail Rover seul, trop de houle et trop de petites mains baladeuses. Nous restons donc à bord, à nous reposer et à observer le ballet incessant des pêcheurs et des pélicans.
La ville est sous nos yeux, si proche. Le Yacht Club tant attendu est déroutant. Un haut restaurant bleu, dont on voit de loin les gros hublots.

Quatre bouées sur lesquelles sont amarrés deux petits voiliers locaux et deux canots à moteur. pas de moorings et l'espace réservé au mouillage est envahie par les pêcheurs. Pas de voyageurs, nous sommes le seul voilier en transit.
C'est tout de même une bonne escale de repos, d'approvisionnement, eau et Gasoil en bidons, Internet pas loin et les gens sont si serviables et gentils.

MOUILLAGE MANTA LAT. 00° 56 427 S. LONG. 080° 43 034 W

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