Naviguer en jonque

jonque le 02/08/2004

« AU DELA DU DELIRE » est une jonque de 12 mètres en bois moulé, arborant le pavillon belge avec comme port d’attache « KNOKKE LE ZOUTE ». Gréée en goélette, avec une misaine de 30 m² et une grand voile de 50 m² lattées, traditionnellement, avec des bambous, elle amène son équipage à travers le monde. Notre expérience de plus de 3000 milles, de Toulouse à Dakar, sur ce gréement nous permet de donner notre ressentiment sur les voiles chinoises.

10/12/03 Dakar

Suite à différents articles dans les revues spécialisées sur les jonques et leurs gréements, argumentant que le bateau est lourd, peu manoeuvrant et ne marchant pas à la voile, nous allons à travers les diverses allures de notre jonque essayer de vous faire apprécier ce gréement et sa simplicité. Nous allons sortir des poncifs disant que les jonques ne marchent qu’au vent arrière car nous aurions pu affirmer qu’un chalutier grée avec un gréement marconi n’avance pas et tirer la conclusion que ce gréement n’est pas performant.
Nous commençons par ce que tout le monde nous demande en premier, le près. A cette allure, par vent établi c’est à dire au dessus de 15 nœuds, dérive basse, nous remontons entre 45 et 50 degrés du vent. Toute la subtilité de cette allure consiste au réglage des voiles.

Sur un gréement marconi, la bome est dans l’axe et les voiles bordées au maximum. Sur le gréement de jonque si nous appliquons le même principe nous nous retrouverons simplement à la cape, il faudra, pour que le bateau marche correctement, lâcher de l’écoute et le bambou du bas –équivalent de la bôme- fera un angle d’environ 45 degrés avec le sillage. La jonque commencera à s’animer et nous gagnerons au vent avec un compromis cap vitesse, mais ce n’est pas l’allure reine de ce type de gréement. Dans le voyage, quand le vent est défavorable nous attendons. Nous reprenons la phrase d’un anglais –ayant un gréement marconi- rencontré au cours d’une de nos escales : »un gentleman ne fait pas de près ».


En mollissant un peu les écoutes, nous nous retrouvons au bon plein. A cette allure, la jonque devient très agréable, sans gîte ou presque malgré la force du vent, le bambou du bas faisant un angle de 50 à 60 degrés avec le sillage et la dérive est remontée de moitié. A mesure que le vent forcit, le bateau devient de plus en plus ardent et nous prendrons un à deux bambous dans chaque voile à partir de force 5. Bien sûr, si le vent est faible (10 nœuds) comme au départ de La Gomera, notre vitesse était de 3 nœuds, il faut bien déplacer les 13 tonnes de la bête. La barre est douce, si on prend des bambous avant que le vent monte; le pilote électrique n’a jamais lâché à cette allure avec des vents allant de 10 à 30 nœuds. Dans le voyage, ce type d’allure peu durer quelques heures, mais nous nous arrangeons pour l’éviter. Le bateau ne mouille pas mais il fait froid et comme nous ne sommes pas pressés, nous attendons le vent plus favorable.

En nous écartant du lit du vent, nous entrons dans les allures de largue, dans le domaine du gréement de jonque. Nous avons encore débordé les voiles, le bambou du bas fait un angle de 60 à 80 degrés par rapport au sillage et en fonction de la force du vent. Avec 15 nœuds de vent, nous marchons entre 4 et 5 nœuds, à partir de 20 nœuds, le GPS indique 6 nœuds en permanence, le bateau navigue à plat, la dérive a été complètement remontée. Suivant la force du vent, la jonque devient ardente et il faudra prendre 2 bambous dans la grand voile et un dans la misaine quand le vent dépassera 25 nœuds. A cette allure, le voilier est puissant, les bambous se cintrent dans la voile donnant toute la force de propulsion à ce gréement.


Passons maintenant au morceau de choix, le vent arrière, allure tant redoutée par les autres gréements ou il a été inventé les retenues de bôme, tangons et autre frein de bôme. Sur la jonque, aucun artifice, les voiles se mettent naturellement en ciseaux –goose wings (ailes d’oie) pour les anglais et orejas de burro (oreilles d’âne) pour les espagnols – à partir du grand largue. Si pour une raison quelconque, la misaine ne veut pas aller de l’autre côté, il suffit de prendre le palan d’écoute d’une main et de tranquillement traverser le pont, la voile suivant docilement. Nous avons navigué vent arrière avec un vent changeant de plus ou moins 10 degrés, sous pilote automatique, sans un empannage et sans une perte de contrôle de la part du pilote, même par mer formée (vagues de 3 à 4 mètres venant de l’arrière). Merci Monsieur LEFORESTIER d’avoir dessiné une telle carène.

Si par hasard le vent venait à osciller un peu plus, nous aurions droit à un empannage, les voiles changeant de bord, très ralenties par les palans d’écoute, sans aucun problème pour le bateau ou pour les têtes de l’équipage. A cette allure, nous naviguons par 10/12 nœuds de vent sans que les voiles faseyent ou se dégonflent au rythme de la houle. Entre 15 et 20 nœuds, la vitesse oscille autour de 6 nœuds et nous avons atteint 8 nœuds sur le fond avec 30 nœuds de vent sous grand voile seule sans perte de contrôle de la part du pilote automatique. En masquant la misaine à l’aide de la grand voile, nous pouvons la border dans l’axe et l’affaler au vent arrière.


Nous avons rédigé cet article dans le but de réhabiliter le gréement de jonque en fonction de notre vécu. Simplicité de navigation, simplicité de réparation, navigation à plat, aucun effort, pas de winches, chacun peut faire ou réparer ses voiles car elles sont cousues à plat comme un taud, entre les tropiques, on trouve des bambous partout, etc.… la liste n’est pas exhaustive.


Apres cette navigation sur plus de 3000 milles, nous sommes pleinement satisfaits de ce bateau et de son gréement. Cette jonque occidentalisée par son poids, ses voiles en tissu moderne et son équilibre de barre en font un voilier très agréable pour se promener autour du monde, loin des contraintes de temps, de vitesse et de rating. L’escale de Dakar va permettre de faire peau neuve à notre jonque, peinture, sous marine, lasures et tauds, avant d’aller explorer les fleuves de l’ouest africain.


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