Le Guadiana (fleuve au Portugal)

jonque le 07/25/2003

Près du Rio Vascao dans le Guadiana (Portugal)

Pour quiconque aspire à la solitude, aux grands espaces et au retour à la nature, alors le Guadiana offrira l’enchantement et procurera une plénitude certaine.
 A la sortie d’Ayamonte, passé le pont, nous voilà dans le fleuve. La rive droite est portugaise, la rive gauche espagnole. Des deux côtés, ce n’est que collines bordées d’oliviers, d’arbousiers, de lauriers roses sauvages, de roseaux…des bambous nous auraient plus arrangé.
 Passés les villages de Foz, puis d’Alcoutim côté Portugal et en face, en Espagne, San Lucar (pour la petite anecdote : quand au Portugal, il est midi, en Espagne comme en France, il est 13 heures. Les deux églises, l’une face à l’autre, font sonner leurs cloches à une minute d’intervalle. Etant donné le nombre de bars à Alcoutim comme à San Lucar, cette situation doit en arranger bon nombre à l’heure de l’apéro), il n’y a plus que quelques maisons blanches, éparses, et surtout la nature.
 
Ancrant au milieu du fleuve, seuls dans cet espèce de sanctuaire inviolé, nous avons pu entendre chaque son, chaque bruissement de feuilles, en écoutant la chanson fredonnée des filets d’eau sur la coque, et surtout la multitude d’oiseaux pour certains disparus ou presque en France, tel que le coq de bruyère. Ici, la seule chasse autorisée est celle d’images. C’est ainsi que nos journées sur le fleuve ont été agrémentées par la vision et les sifflements des pies bleues, des martins-pêcheurs, des pinsons, des tourterelles, des milans, des rossignols et des loriots. Tous ces chants nous émerveillent. Sur la rive d’un rio, des tortues se chauffant au soleil, des grenouilles…
 

Dans le silence de ces étendues, chaque son existe pleinement, prend toute son ampleur avant de mourir. La nature ici, est épargnée, respectée. Outre la beauté du paysage, les berges du Guadiana offrent aux amateurs d’histoire de précieux témoignages du passé, comme à Montinho do Laranjeiras où les fouilles ont révélé l’ensemble d’édifices d’une villa romaine, tout comme à Alamo (rien à voir avec Franck ou la bataille). Les vieilles traditions artisanales sont encore présentes dans les villages de la région, où les métiers à tisser en bois continuent à produire les couvertures, les nappes en lin, et des mains adroites des femmes sortent châles, chapeaux de paille et dentelles. Les roseaux, poussant le long du Guadiana, servent à la fabrication de paniers. Dans le village de San Lucar, il existe encore un maréchal ferrant qui officie au milieu de la place du village.
Cote technique, le Guadiana, en cette saison est un fleuve paisible, large mais il faut tenir compte des marées pour le monter ou le descendre. Nous avons trouvé toujours, quelque soit l’heure de marée plus de trois mètres d’eau sous notre quille. Il y a 20 milles pour rejoindre Alcoutim et San Lucar depuis l’embouchure. Au mois de juin, le vent soufflait dans le sens de la marée ce qui nous a permis de naviguer uniquement sous voile par vent arrière en montant ou en descendant. Par contre en juillet, le vent du nord nous a seulement permis de descendre sous voile. Partout dans le fleuve, il est possible de jeter l’ancre, mais il existe aussi des pontons comme à Foz, Laranjeiras, Alcoutim et San Lucar. Les deux derniers sont équipés d’eau et d’électricité et vous coûteront 5 € la nuit tout compris. Par contre, nous pouvons faire le plein d’eau gratuitement et repartir mouiller plus loin. A San Lucar comme à Alcoutim, on trouve une épicerie, des distributeurs de billets et des bars. Mais le pain cuit au feu de bois de la boulangerie de San Lucar mérite le détour. Il faut éviter de naviguer ou d’ancrer dans la partie basse du fleuve pendant les week-ends a cause des nombreux bateaux a moteur qui passent très près des voiliers en nous secouant fortement uniquement pour nous voir.
Nous sommes allés poser notre ancre après La Laja près du rio Vascao dans un calme parfait, nous avons remonté en annexe celui-ci jusqu'à un ancien moulin dont il ne reste que quelques vestiges. Avant de monter ou après la descente du fleuve, nous avons fait nos courses à Ayamonte où il est possible d’amarrer le bateau dans le port gratuitement pendant cinq heures. En face de cette marina, se trouve une laverie automatique (8 kg pour 6 €).
Pour nous, le Guadiana a quelque chose de magique, d’enchanteur. Nous avons eu l’impression que la nature s’était approprié notre être, et nous avions la sensation de faire parti de la création, d’être reliés à l’extraordinaire chaîne du vivant.


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