Fortune de mer (dématage jonque)

jonque le 09/18/2002

Nous quittons PORTO PETRO vers midi le 12 septembre, en direction d’IBIZA. Le vent souffle du sud à environ 10 / 15 nœuds, la mer est belle avec une petite houle de sud n’excédant pas 5o cm. La voilure est haute et nous filons 5 nœuds au bon plein. Vers 14 heures, nous sommes par le travers de la pointe SALINAS qui est le pointe sud est de l’île de MALLORCA, cap au 250° pour passer dans l’Est de l’île de CABRERA et tirer direct sur le phare des AHORCADOS situé entre IBIZA et FORMENTERA.

En début d’après midi, nous avions entendu un craquement sec mais après avoir cherché l’origine, nous l’avions attribué à un bambou qui s’était fendu comme cela était déjà arrivé. Vers 16 h 30, nous étions par le travers de la pointe sud de CABRERA, le vent commençait à refuser et à mollir. Notre vitesse s’étant sérieusement réduite, nous nous aidons du moteur pour avoir une allure de 5 nœuds, la mer est toujours belle avec cette même houle ni plus forte ni moins forte.


C’est aux alentours de 17 heures qu’un grand craquement, suivit d’un bruit de bois qui se déchire, nous fit lever les yeux, il faut dire que vue la clémence du temps, nous étions occupés à lire. Le grand mât s’est incliné sur tribord, puis a lentement basculé dans la mer entraînant avec lui la grand voile et divers autres objets se trouvant sur le pont. Après quelques secondes de stupeur, nous commençons à analyser la situation, il nous faut réagir rapidement.
Premièrement la sécurité des personnes, nous étions dans le cockpit et Christopher dans sa cabine, personne n’est blessé.

Deuxièmement la sécurité du bateau, c’est notre seul moyen de regagner un port par nos propres moyens, mettre le moteur au point mort, étant donné le nombre de bouts qui traîne dans l’eau à ce moment là, ne pas en prendre un dans l’hélice. Puis nous coupons les bouts reliant le mât et le bateau afin d’avoir une libre circulation sur le passe avant, le mât et sa voile ne sont plus reliés au bateau que par une drisse, nous éloignons le mât de la coque afin d’éviter de sa part des coups d’éperon contre la coque.


Troisièmement la récupération du matériel, pour le mât il n’y a qu’une possibilité : l’abandon, mais la voile, cette dernière, flotte le long du mât, soutenue par ses bambous mais solidement liée au mât par les estropes (bouts partant d’un bambou passant derrière le mât et attachés au bambou : voir article n°8), la seule solution aller à l’eau pour les détacher. Les détacher serait trop long, alors Jean luc, armé d’un solide couteau de cuisine, descend dans l’eau et tranche tous les bouts pour libérer la voile. Puis tous les trois, nous commençons l’épuisant travail qui consiste à remonter la voile sachant que les bambous flottent et que le tissu entre les bambous se remplit d’eau. Après une heure d’effort, la grand voile est à bord, mais il reste autour du mât tout un tas de bouts flottants entre deux eaux. Nouveau retour à l’eau pour Jean luc, toujours armé du couteau, pour trancher et récupérer les bouts, après une dizaine de minutes, le mât flotte à l’arrière de la jonque, uniquement tenu par une drisse.


Quatrièmement la sécurité des autres, après un bref conciliabule, nous décidons de remorquer le mât afin qu’il ne reste pas en mer, pouvant éperonner un autre navire.
Tout est à peu près clair à bord, nous pouvons faire route vers la côte de MALLORCA après une heure et demi de combat. Nous cherchons le port le plus proche pour y arriver avant la nuit (les feux de route étaient sur le grand mât). Cap sur PUERTO DE LA RAPITA sous pilote, après ces efforts, nous devons manger, aussi barres énergétiques pour tout le monde. Nous passons les jetées du port vers 20 h 30, avec l’aide du personnel du port nous hissons le mât sur le quai.


Après une nuit de repos hantée par quelques démâtages et autres cauchemars, nous faisons la déclaration de sinistre à l’assureur puis coup de fil à l’architecte de la jonque pour comprendre le démâtage. Dimitri LEFORESTIER est formel, un mât de jonque doit être fait avec du bois sans nœud, hors dans le nôtre ils étaient légions, cachés sous les couches de peintures.


Et la suite du voyage…. Rien, mais absolument rien, n’est remis en cause, seules les dates vont changer. Il faut plusieurs semaines pour faire un mât et nous envisageons d’hiverner dans le sud de l’Espagne. La marche de la jonque sous misaine et moteur ne pose aucun problème d’après Dimitri LEFORESTIER et nous l’avons testé entre LA RAPITA et PALMA avec 20 nœuds de vent. Durant cet accident, nous avons constaté que lorsque le moral de l’un dégringolait celui de l’autre montait en flèche, c’est pourquoi nous continuons le voyage.


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