La godille, une affaire de talent ?

Equipage le 03/21/2004

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la godille une affaire de talent

Une affaire de style : La godille

Godiller est une chose bien trop compliqué pour être enseigné dans les gros livres ou par des orateurs à mentions et à double menton. C'est tellement une affaire de style pur, et intime, que le godilleur trace en godillant un sillage de guirlandes de signatures répétitives et d'infinis paragraphes de notaires. Les boucles et ondulations ornementales sont si joyeuses que l'on peut voir dans les remous de l'eau des risettes angéliques et des fossettes furtives. Chacun godille selon ses capacités et son humeur et c'est un des rares exercices où l'artiste témoigne de son art en tenant bon le manche, même s'il est manchot, pour le meilleur profit des amateurs épatés alignés comme goélands de cérémonie aux postes d'admiration. C'est une manoeuvre à la fois ardue et hardie. Pourtant un mouflet tout morveux fait torcher en finesse une lourde pinasse comme une torpille acérée en maniant à l'aise un gros aviron de galère, laisse sur place un malabar à biceps surgonflés à bord d'une prame en acajou des îles touillant de toutes ces forces inutiles un aviron ténu comme un cure-dent.

En général (un mot de biffin), le godilleur ne se réfère qu'à l'horizon de fuite et bourlingue au pif, espèce de radar qu'il a dans le dos, les jambes arquées comme un compas, l'aviron bordé presque à la verticale, les épaules roulant ronds, la main calleuse travaillant le manche comme fait la queue du poisson en allers et retours. Ces huit allongés avec efficacité et élégance sont l'expression même de l'économie nautique.

J'ai connu naguère à l'Alber Ildut de hardis pécheurs de morues et
maquereaux rentrant d'Islande ou de l'Aber Wrach. Ils sautaient comme des cabris dans leur doris et faisaient tête en godillant à tout berzingue sur le bistroquet local. Après quelques heures d'incubation, le déhalage était laborieux mais, à peine affalés dans le canot, ayant saisi le manche de l'aviron, lui aussi rond comme une queue de pelle, l'un d'eux se campait à l'arrière, cahin-caha et dans un suroît brumeux. Alors, la godille, enchantée par les sortilèges de l'onde marine, embrayait d'emblée sa marche hélicoïdale et ramenait à bord, sans les mouiller, les navigateurs de l'entre-deux brumes.

Et j'ai connu aussi le pékin du dimanche, bouffi de vanité. Son mouille-cul tape-à-l'oil dormant sur le fer à deux encablures et ayant cru pouvoir gagner la rive dans son youyou, il n'arrivait qu'à virer en rond tant son aviron tordu s'agitait comme un balai forcené. Pauvre mathurin d'occasion, moqué par la bigaille cruelle. Plus il faisait de ronds dans l'eau et plus ils se tordaient de rire. A force d'application, ce gargouillou a fini un jour par godiller sec et droit. Ca lui est venu d'un coup. On voit par là, que la godille c'est comme la foi. Si on l'a tant mieux, si on ne l'a pas, il ne faut jamais désespérer. Sainte Anne, la patronne des marins veillent sur un et sur tous également.

Georges Croullebois

 

NDLR : Ce texte est issu de Cols Bleus,dénichée sur un autre forum par Françoise de Cherbourg. Mais je ne résiste pas au plaisir de le faire découvrir à ceux qui ne le connaissent pas. Un texte qui resume l'esprit "godille" des petits ports Bretons.......à vous de le deguster,comme j'avais eu le plaisir de le deguster moi meme...

Les derniers commentaires :

Anak_sous_voiles_-_t06-avatar
Epsilon77
Pourtant simple
Bonsoir,

Rien de plus simple que de "godiller", je ne vois pas la nécessité de faire couler tant d'encre autour de ce qui remonte a la nuit des temps.
Même si c'est agréable à lire.

Il est même possible de godiller pour faire "culer" le bateau, sans prendre de point d'appuis sur le franc bord ou sur une dame de nage.

Un plaisancier qui ne sait pas godiller c'est grave.

Il est dit qu'un marin sans couteau c'est comme une belle femme sans sexe, cela me semble la même chose pour quelqu'un qui s'embarque sans savoir godiller.

De même qu'un aviron doit toujours trouver sa place a bord d'un bateau de plaisance.
Cordialement.
mercredi 21 janvier 2009 01:50
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Tago
Je ressors ce fil qui m'éclate !
Sur une vieille barque en bois, j'aimais bien godiller. Sur mon ancien Cornu, j'en avais marre de regarder l'aviron qui ne servait strictement à rien et j'ai fini par le déposer pour faire de la place. Maintenant que j'ai 12m/10t, il n'y a même pas d'aviron ! Pourtant, je me demande :

- ne serait-il pas plus prudent d'en avoir un ? par exemple, en cas de panne moteur, cela permet d'entrer dans un port sous voiles ... puis de godiller pour éviter une scabreuse manœuvre d'accostage à la voile ...
- mais est-il seulement envisageable de déplacer un gros voilier, seul, à la godille ?

Olivier
mardi 20 janvier 2009 22:35
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Petitjaune
Simplicité et fiabilité mais puissance modérée
Sur mon 5.5 JI de 9.865 m et de 2T de déplacement pas de moteur mais une belle pelle de godille comme on en fait plus de presque 6 m de long.
Quand je sors du port à Martigues de cette maniere les pescadous du coin me prennent pour un fada.
Sur mon Arpege de 1969 javais aussi à bord et d'origine une vraie godille assez longue.
Mais aujourdhui c'est pas tres vendeur comme argument la godille sauf pour se marrer
Et pour finir sur mon petit bateau de regate adoré, un Nitro 80 ,pas de moteur non plus et pas besoin de godille car ce bateau ce manoeuvre seuleument en godillant avec la barre.
Détail amusant même en marche arriere car la barre tourne sur 360°.
Ce qui permet de freiner aussi quand je rentre à la voile un peu fort.
Au fait, si vous passais par Martigues vous seraient peut etre surpris de voir pas mal de bateau rentrer et sortir à la voile, c'est vrai que le port de saint Anne est encore un port avec suffisament d'espace pour tirer des bords.
En tous cas la godille est vraimment un moyen sympa et simple pour lannexe.On regarde vers l'avant et on peut godiller debout si l'on veut pas se mouller les fesses.


mercredi 05 septembre 2007 19:28
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Du bon bois...
De retour d’une escapade à « la taverne » où sévit un invraisemblable débat sur « les étoiles » je découvre « la godille… »
Quel bonheur…quel plaisir de vous lire…
jeudi 09 novembre 2006 19:59
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Fdm
Moi, on m'a toujours dit...
Qui godille impressionne les filles, :cheri:
qui met le moteur est un petit joueur... :non:
jeudi 01 décembre 2005 23:32
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