Ma première traversée Continent-Corse

1992 : Ma première croisière en Méditerranée : « Voile-Parapente en Corse »

Cette croisière, entre Continent-Corse a lieu avec un groupe d’amis, sur un voilier loué au port d’Antibes.

Le récit de cette croisière s’adresse à ceux et à celles qui désirent louer un bateau pour des vacances en mer. Elle pose une question majeure : l’équipage doit-il obligatoirement être composé d’un serrurier, un mécanicien, un plombier, un électricien, un acrobate, un avocat, un cuisinier, un peintre, et une infirmière?  A bord nous avons: un ingénieur, deux  électriciens,  un dessinateur, une hôtesse de l’air, une infirmière et un curé… cherchez l’erreur!

Quatre cuillères pour 8 ! 1er août : Après une nuit sur les autoroutes de France, nous arrivons vers huit heures au Port d’Antibes. Il fait déjà très chaud. Le bateau, un Sun Légende 41, le « Big-Bang », est là, prêt, propre en ordre. Pendant qu’une partie de notre équipage fait les courses au supermarché du coin, je m’occupe de l’inventaire avec Olivier. En regardant de plus près, je m’aperçois qu’il y a deux ou trois bricoles à réparer, ou simplement hors d’usage ! Mais – quel bateau n’en a pas… ? Par exemple, la radiocassette pour laquelle nous avions préparé des bandes de notre musique favorite nous a expulsé un méli-mélo de bande enchevêtrée. Le panneau de descente n’a pas de serrure, et il y a quatre cuillères pour un équipage de huit. Dans la cabine tribord, l’énorme miroir qui est plutôt conçu pour une cabine de luxe de paquebot, se décroche dangereusement au plus petit clapot. Et j’en passe.

Les courses sont faites, les quatre volumineux sacs de parapente ont trouvé leur place à bord. Notre but : traverser sur la côte ouest de la Corse, où la moitié de l’équipage espère pouvoir s’adonner à leur sport favori, le parapente.

17 heures. Départ pour un bord d’amarinage, cap sur Villefranche. Nous pensons y passer la nuit, mais un vent de SW de 15-20 nœuds et une mer agitée nous force à trouver un mouillage abrité dans la rade d’Hospice. Nathalie, un peu verte, donne comme on dit « à manger aux poissons» : les cacahouètes de l’apéro. Pour Mirko, c’est une première expérience en mer.

2 heures du matin : Le vent tourne brusquement à l’Est. Les quelques vingt bateaux présents quittent leur mouillage. Pendant que le reste de l’équipage dort à poings fermés, Olivier et moi levons l’ancre et retournons dans la rade de Villefranche où tout est redevenu calme.

WC=être ou ne pas être…

2 août. Baignade, petit déjeuner, et réparation par notre bricoleur  « Piper » du manche du guindeau inutilisable, car c’est vulgaire tube en fer, usé et éclaté au bout. Un rafiot allemand truffé de plongeurs nous prête une scie à métal. Profitant de ce mouillage tranquille, Piper répare aussi le robinet d’eau de mer rouillé, rongé et cassé net au niveau de l’évier. Puis le dernier bricolage « amusant » avant de traverser: le piston de la pompe à WC est dévissé… Par 35 °, Piper et moi sommes assis dans cet espace réduit, les pieds et mains dans une eau à l’odeur et à l’aspect qu’on devine ; on répare! Vers 15 heures, nous levons l’ancre pour la traversée. Comme souvent, la mer s’annonce d’huile. Le coucher du soleil est bientôt filtré à travers une brume qui rendra par endroits la visibilité inférieure à un mille. Quelques dauphins curieux nous accompagnent. Patrick prépare le repas du soir : riz aux pleurotes et à l’ail – une vingtaine de gousses – fameux ! Nicolas, après un café Balantines, décide de dormir attaché court sur le pont. C’est le quart de Mirko et Olivier. La seule manière de les réveiller est de crier « A table » !

Une lessiveuse

3 août. 10 heures du matin et 96 milles plus tard, nous approchons de Calvi. Le port est encombré, le trafic intense, pas même une place à couple. Nous mouillons alors dans la baie au milieu d’une centaine de bateaux. Mais, qui dit mouillage dit bricolage...  En effet, un bruit suspect d’eau agitée par le roulis, tel un lave-linge, nous parvient de l’intérieur du bateau  et nous fait poser le verre de Pastis à peine entamé. Nous avons une voie d’eau sérieuse. Pataugeant  jusqu’aux chevilles, tout le monde met la main dans le pétrin pour en trouver la cause. La pompe de cale  électrique ne fonctionne pas, reste la pompe manuelle : c’est du kif kif. Le tuyau de cette dernière qui se trouve au fond du coffre bâbord - qu’il a d’abord fallu vider – est à moitié fondu.  (NB : La base de location nous avouera à la fin de la croisière qu’en effet, il y a eu  - une fois – un début d’incendie à bord !)  Nous réparons ! Pendant que trois personnes écopent avec les moyens du bord, casseroles et autres, Piper découvre la cause de la voie d’eau ; le manchon du presse étoupe est complètement déchiqueté par le fil de fer de la gaine d’aération qui s’est entortillée autour de l’arbre d’hélice. Il faudra plus d’une heure rien que pour dégager l’arbre. Impossible de réparer nous-mêmes, l’ouverture est trop importante. Isabelle chante : Calvi c’est fini…quelle galère, heureusement il y a Piper ! On demande si quelqu’un aimerait se confesser à notre curé, Nicolas ; eh oui, nous avons un curé Valaisan à bord !

Je contacte la Capitainerie du Port, via la VHF, personne ne répond. Après un appel au Cross Corse avec explication de la situation, la capitainerie nous envoie de l’aide et nous remorque dans le port archi plein. Quelques bateaux, amarrés à couple devant la grue, doivent libérer la place. Nous nous enfilons dans la darse sous la grue.

S’ensuit une course effrénée à la capitainerie depuis où je tente d’innombrables essais téléphonique et de fax à l’agence de location, au mécano de service, bien sûr absent, ainsi qu’au grutier, introuvable. Beaucoup plus tard, le bateau est enfin sorti et se vide de son eau pendant plusieurs heures. Le mécanicien arrive et répare. Il est 20 heures lorsque le bateau est remis à flot. Pour sortir de la darse, c’est une autre histoire, car quatre yachts à moteur sont de nouveau amarrés à couple à sa sortie. Ils refusent de s’écarter par peur de perdre leur place. « Nous ne bougerons pas d’ici, vous n’avez  qu’à passer la nuit sous la grue », aboient-ils le verre à la main. Pourquoi pas ? Mais au-dessus de nous, un Ketch attend également pour la remise à l’eau. Suspendu à la grue, il descend lentement… C’est très impressionnant, nous sommes coincés ! Grâce à l’intervention musclée du grutier et de quelques badauds, les yachts daignent enfin de s’écarter.

Une marionnette

Qu’avais-je dit ? Croisière voile parapente ? Oui, mais avant, il y a des manœuvres de port un peu spéciales à San Ambroggio. Le sélecteur de vitesse dans le compartiment du moteur nous a lâche - devant le port! Nous fixons deux cordelettes, une pour la marche arrière, l’autre pour la marche avant – une marionnette ! Un des équipiers, installé dans la cabine qui mène au moteur, pose une main sur le hublot. A la barre pour les manœuvres, je lui déplace la main vers l’avant : il met la marche avant ; la main vers l’arrière : il met la marche arrière

Le chantier naval a heureusement la pièce de rechange. Ensuite, nous profitons pour jeter un coup d’œil sur le feu de mouillage qui jusqu’ici a brillé… par son absence. Du haut du mat, Piper crie: il n’y a que deux câbles électriques qui sortent !

Je me rappelle, un jour quelqu’un m’a dit qu’il y a toujours à bricoler sur un voilier !

Le parapente: court mais beau

Revenons au sujet de cette croisière, le parapente ; et, nous en avons fait ! Depuis St. Florent, nous longeons la côte jusqu’à Nonza, très joli village perché sur la hauteur. Entre Nonza et Albio, nous sommes l’unique bateau au mouillage près d’une plage quasi déserte. Le patron pêcheur du bistrot, un sourire édenté dans un visage ravagé par le soleil corse, est très surpris de voir des Suisses débarquer d’un voilier pour faire du parapente. Après un accueil chaleureux des parapentistes, il leur indique le chemin le plus court pour atteindre le sommet d’où les habitués parapentistes corses s’élancent. Il offre même le parcours en voiture jusqu’au bas de la montagne.

Equipés des sacs de parapente, d’une VHF portable et de quoi étancher la soif, nos quatre parapentistes affrontent la pente sous un soleil brûlant, 40 degrés ! Une heure de grimpe dans le maquis, mais aussi une heure de parfums de pins et d’herbes diverses à s’enivrer. Et, quelle vue !

Depuis le bateau, je suis leur progrès aux jumelles et reste en contact VHF. Les uns après les autres, ils s’élancent, volent au-dessus de la mer et atterrissent sur la plage. Une expérience inoubliable.

Eole se marre!

La météo de la première semaine aura été favorable au bricolage, à la planche à voile, à la baignade, au parapente et à la pêche. La deuxième, plutôt venteuse, parfaite pour la navigation. Nous tirons des bords en direction de la Girolata. Ce mouillage fort beau en basse saison, compte en ce mois d’août plus de cent bateaux entre lesquels flottent les résidus de la digestion. Nous fuyons à Tuara, une étroite anse plus au sud-Est, où nous mouillons tête et cul. La nuit s’annonce orageuse. Les éclairs incessants nous permettent de lire en pleine nuit. Le vent atteint 25 nœuds, une pluie torrentielle se déverse en rafales à n’en plus distinguer l’avant du bateau. Le canal 16 de la VHF, je dis bien 16, canal de contact sécurité et non pas pour discuter de tout et de rien,  ce canal crachote la conversation de navigateurs italiens affolés qui semblent avoir quelques gros problèmes d’ancre à la Girolata. Devant nous, un petit voilier au mouillage est en train de dériver sur les rochers, son ancre chasse. Il réussit à la remonter et s’en va mouiller plus loin. Olivier et moi prenons des quarts pour le restant de la nuit, car à la houle qui s’introduit dans le golf s’ajoute le vent, et à chaque rafale les deux chaînes d’ancre se tendent et se détendent au maximum. A gauche et à droite, des falaises. A quelques mètres derrière nous, une plage. Devant nous, d’autres bateaux sont venus pour se mettre à l’abri.

Le lendemain, cap sur Galéria où nous espérons trouver un mouillage plus calme. Le soleil se joint à Eole et nous passons une journée fantastique avec des surfs au grand largue. Dans la baie de Galéria, Piper nous prépare un repas succulent : Entrecôte  corse et risotto. Le roulis non négligeable permet à Isabelle de piquer sans effort dans l’assiette du voisin. Grâce au « Chiouaoua » (Rhum et sucre flambé) que Nicolas nous concocte cérémonieusement, le sommeil de cette nuit sera imperturbable !

L’Ile Rousse est notre dernière escale avant le retour sur Antibes. Derniers essais d’équilibristes débutants sur la planche à voile sans dérive, et dîner en ville.

Les trois quarts de la traversée retour sur le continent, à Antibes, se font à voile au près sur un seul bord, avec pour commencer des vents force 7-8 ; deux ris, génois réduit. Nous terminons cette croisière entre St. Marguerite et St. Honorat, en mangeant les spaghettis commencés à l’Ile Rousse.

Quatorze mouillages, 330 milles, quatre cents photos prises par Mirko, un esprit d’équipe du tonnerre. Quant à moi, j’ai droit au bain forcé traditionnel du skipper dans l’eau mazoutée du Port d’Antibes : Je viens de sortir pimpante de la douche.

Cette croisière m’apprend énormément sur les bateaux loués, bateaux qu’on ne connaît pas. Je retiens particulièrement qu’il faut toujours vérifier l’état du matériel, pompes, moteur, sécurité, électricité etc.,  avant de partir !

Les derniers commentaires :

Missing
la panacée

C était un cata lavezzi 42 pour info .
Et j suis d'accord pour dire que la voile c du monocoque

lundi 21 juillet 2014 14:20
Missing
la panacée

Franchement sa passe bien par mer forte après c sur le mono pour la sécurité c un peux mieux mais niveau rouli au mouillage ya pas photo ! Le cata c le top pour une bonne croisière l été pour un long périple j hésiterais un peux

lundi 21 juillet 2014 14:17
Erica
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erica

Oui, un cata c'est du bonheur, par exemple aux Antilles! Mais pas en haute mer par mer forte!

lundi 21 juillet 2014 14:02
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ptiplouf

Mes 2 dernières expériences de location ont été décisives. Un vieux Gibsea usé jusqu'à la corde et son opposé, un dufour tout neuf mais pas fini m'ont convaincu qu'il était temps d'acheter si je voulais continuer à prendre plaisir à naviguer.

Maintenant je suis proprio et je bricole au moins autant. Mais je ne me plaint plus puisque j'en suis le seul fautif.

jeudi 05 juin 2014 15:56
Erica
erica

Philippe, mon, notre bateau, on l'a eu en 1996, un Amphora Ketch, et ce jusqu'en 2010!
Si c'est un voilier fantastique pour la navigation, et en tant que domicile flottant; j'ai par contre eu énormément de travail à faire pour son entretien!
Mais pas à comparer avec certains bateaux que je louais et dont les problèmes souvent "ignorés" par les agences étaient découverts lors des navigations, donc pas vérifiables au départ!
Il est clair qu'en 1992, je n'étais qu'au début - j'ai appris éééénormément pendant toutes les années qui ont suivi!

jeudi 05 juin 2014 15:10
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