Peindre sa coque au pistolet

PEINDRE SA COQUE AU PISTOLET

Par motutunga,  avec la participation indispensable de Asuivre17  (passages entiers ) et des idées de Hoolof

 

Généralités

Tout d’abord quelques considérations générales

Je vais vous parler de mon expérience et de ma technique : il y forcément des variantes, je ne suis pas là pour faire polémique.

Peindre soit même son bateau (ou sa voiture) n’est pas un travail difficile mais très long et laborieux, qui demande malgré tout des aptitudes manuelles et surtout des essais si on ne l’a jamais fait. L’intérêt financier est évident, et s’explique par le temps passé : Pour un bateau de 40 – 44 pieds (le mien), le prix tout compris chez l’artisan sera de 6000 à 10000 €, et ce n’est pas de l’arnaque. Les peintres travaillent bien car le résultat se juge d’un coup d’œil.

Il faut donc soit procéder pas étapes, mais cela n’est passible que pour la préparation, les couches de finition (3 ou 4) doivent être faites en une fois le même jour. On peut cependant faire un coté puis l’autre.

L’application se fera toujours au pistolet si l’on veut un bon fini, Mais on obtiendra un fini irréprochable (type carrosserie de voiture) qu’avec un gros compresseur, une préparation très poussée, de bonnes conditions climatiques et une bonne technique d’application.

Il est la plupart du temps, indispensable de bâcher le chantier, pour ne pas arroser les voisins, mais aussi pour que le chantier soit à l’ abri du vent, qui est rarement complètement nul. Il ne faut pas de vent du tout pour un très bon fini, mais on obtient un résultat plus qu’acceptable jusqu’à 10 nds si on se protège bien.

Enfin le peintre doit se protéger ; pendant le ponçage a la machine (masque), pendant le ponçage  à l’eau ( vieux ciré), pendant l’application ( combinaison + masque)

 

Précisions a propos de ponçage

Il y a le ponçage a la machine (ruban, orbitale, vibrante), mais a employer avec modération, je le précise quand c’est possible. L’orbital est la plus polyvalente

Et il y a surtout le ponçage à la main avec du papier à l’eau : on a son jet d’eau est sa feuille pliée en trois :

On arrose

On ponce circulairement sans forcer comme un malade

On rince, et on rince son papier

On reponce ..On rince etc.

 

Prix

Le matériel d’application vaut neuf entre 150€ (airless de base) et 1000€ (gros compresseur + bon pistolet)

La peinture (apprêt + finition coute à la louche 50 € par mètre de bateau mais la c’est très approximatif et ca dépend des pertes.. si on travaille en une seule fois (2 semaines de suite) on gâchera moins et on polluera moins aussi.

Il ne faut pas oublier les abrasif (50 à 100 €), le scotch, les bâches, le film pour faire des cache, le masque etc….

Condition initiale de la coque

Cet article commence au stade ou le primaire est en état, c'est-à-dire qu’il n’y a pas d’osmose ( pas trop sur les œuvres mortes), pas de rouille ou d’électrolyse non traitée, pas de bois pourri  ou non traité.

Si on peint sur de la merde ca tient pas. Un peinture correctement faite, ne s’écaille jamais et résiste a tout, mais le brillant s’estompe avec le temps. Apres 15 ans environ elle peut se craqueler légèrement

La peinture utilisée

Exclusivement de la polyuréthane bi composant, pour la sous couche et pour la finition

Vu le prix de ce produit chez les ship, il faut chercher un autre fournisseur. Soit un ship en ligne, soit le carrossier du coin, soit une boutique de peinture voiture en ligne, ou même un grossiste en peinture industrielle = c’est tout pareil..enfin là tout le monde est pas d’accord…mais mon sujet n’est pas de traiter des fournisseurs

Pour la peinture voiture, je choisis de la peinture solvantée, brillant directe. Il existe des peintures à l’eau mais je n’en ai pas l’expérience. D’autre part en auto on utilise le plus souvent une base matte puis un vernis, là aussi je n’ai jamais essayé.

Pour la couleur la palette RAL (voir Google) donne un très vaste choix de couleurs. Et enfin une dernière subtilité consiste à matifier plus ou moins, pour obtenir en fini allant de complètement mat à brillant.

Les dispositifs d’application

Il y en a cinq types  de compresseurs : je ne connais que les 1, 2 et 5

1) L’airless (100-200€) : pistolet autonome avec le réservoir de peinture : c’est le moyen le plus simple qui peu suffire pour l’apprêt (il me suffit a moi)

2) pistolet basse pression (200-300€) : un genre de moteur d’aspirateur qui « souffle » dans le pistolet au bout d’un tuyau : on peut avoir avec ce genre de matériel des résultats étonnants si on sait le manier

3) compresseur moyenne pression sans vase d’expansion (300-500€) : la pression fournie est de l’ordre de 2 à 3 bar, le débit est apparemment le même qu’avec un petit compresseur traditionnel, c’est moins encombrant mais plus cher

4) compresseur classique (200 -500€) amateur : bon, là est le dilemme : un petit compresseur pas cher (300) sera-t-il meilleur que celui du paragraphe précédent, j’en sais rien je n’ai jamais utilisé ni l’un ni l’autre.

5) compresseur pro : gros débit très constant très lourd  et encombrant. C’est le mieux mais on ne peut acheter ce type da bécane pour une utilisation, on le loue on  l’emprunte

En ce qui concerne les pistolets, les 1 et 2 sont dédiés, pour les autres il y a deux variantes :

Le classique (réservoir en dessous)

Le modèle par gravité (réservoir a dessus)

Le modèle par gravité est bien supérieur mais, il n’est pas vraiment « hermétique » et on peut tout renverser si on ne le tient pas à peu près droit.

La buse à utiliser sera une 1.2 ou 1.5 mm

 

LA TECHNIQUE D’APPLICATION

 Si l’on ne connaît pas le matériel, il faut faire des essais, car il faut définir

*La viscosité de la peinture : elle doit être le plus diluée possible sans couler

*Le débit : il doit être maximum sans couler

*La distance : elle doit être faible, de l’ordre de 7-10 cm : selon technique, viscosité, vent, débit, pression. Selon tout quoi

*la vitesse de déplacement : elle doit être absolument constante

Si l’on ne veut pas se faire peur on commence par se mettre a 10 cm avec un débit faible et une vitesse faible (environ 10cm /sec). On peint de gauche droite si le vent vient de la gauche et inversement, on appuie sur la gâchette qu’une fois le mouvement démarré. On a intérêt à peindre environ 1à 2 mètre a la fois, par bandes horizontales se chevauchant. Le jet doit être étalé en hauteur (voir le réglage de la buse) et perpendiculaire à la surface.

On relâche la gâchette avant l’arrêt du déplacement (10cm), et on reprend après avoir redémarré dans l’autre sens. Il est mieux de faire de ne pas arrêter les bandes successives au même endroit mais décalées de 5-10cm.

 Cherchez le réglage optimum du pistolet 'pression, débit et jet). Votre mouvement doit etre "robotique" et toujours perpendiculaire a la surface. 

Lorsqu’on est plus l’aise, on augmente le débit et la vitesse, on fait varier la distance pour avoir, au final une application régulière sans coulures et sans effet «  peau d’orange ». S’il n’y a pas de coulure on essai de ralentir, ou de mettre plus de débit  ou de diminuer la distance jusqu’à juger de cette limite possible.

Procéder aux essais uniquement après avoir réglé la viscosité de votre mélange peinture/durcisseur/diluant. La viscosité se règle a la coupe (une coupe est un "petit entonnoir" que l'on remplit et dont on mesure le temps qu'il met a se vider), cela permet de savoir si la dilution est ok mais ce temps ne peut être donné que par la fiche produit . Ensuite cherchez le réglage optimum du pistolet 'pression, débit et jet). Votre mouvement doit être "robotique" et toujours perpendiculaire a la surface.  

Pour ceux qui veulent « régler la viscosité précisément :

quand je parle de godet, c'est surtout de volumes de godet, le mélange se prépare dans un bac a peinture, vous filtrez la base de la peinture dans un filtre papier, puis même chose pour le durcisseur en respectant le rapport de mélange. Vous brassez pour mélanger base et durcisseur puis vous incorporez le diluant. Perso je conseille pour les débutant de démarrer sur un peu moins de diluant que préconisé, genre préco a 15% je n'en met que 10%, je mélange le tout et je vérifie a la coupe la viscosité par rapport aux données de la fiche technique ou des mentions de ratio inscrit sur votre pot de peinture... je devrais mettre plus de temps que ma donnée en vérifiant avec ma coupe donc je rajoute du diluant, re-mélange et refais une vérif a la coupe, jusqu'a avoir le bon ratio. Pour les autres mélanges à préparer vous connaitrez les quantités . Apres vous ferez les yeux fermés, rien qu'en brassant votre mélange .

Personellemnt je fais une dilution au pif, je « brasse la melange » pour apprécié sa viscosité et j’essaie pour voir l’effet..c’est pas orthodoxe , mais je suis un bricolo,.

Le pistolet airless donnera toujours +/- un effet peau d’orange mais ce sera toujours beaucoup mieux  qu’au pinceau et a fortiori au rouleau

 

LA PREPARATION

Ponçage avant apprêt

S’il s’agit d’une coque neuve ou récemment retraitée, on veillera à ne pas trop attaquer le primaire, et si on a un doute après ce premier ponçage on remettra un couche ou deux de primaire que l’on reponcera

Je ponce d’abord a l’orbitale grain 180 (ni gros ni fin) pour faire « disparaître les inégalités et mettre en évidence les rayures et micro rayures. Ce ponçage permet aussi une inspection « absolue » de toute la surface.

Ensuite je traite au mastic époxy les grosses imperfections et les manques de peintures, rayures, anciennes zones traitée mais non à niveau. Le but est d’avoir un surface plane, ce que est impossible sur une coque métal non enduite. Pour apprécier les imperfections on regarde en lumière rasante. Apres séchage du mastic (24h) je reponce les zones ainsi traitées.

Si ca présente bien on ponce toutes la surface a l’eau grain 220 par exemple puis grain 400 (ou plus). On rince .Un jour sans trop de vent (10 est le max confortable)

Couches d’apprêt 

L’intérêt de l’apprêt est double : il bouche les micro imperfections et est tres facile a poncer, ce qui n’est pas le cas de la peinture neuve lorsqu’elle a durci. Il  permet aussi de tester votre habileté sans que vous risquiez l’échec car l’apprêt sera poncé

Pour le nettoyage/dépoussiérage, referez  la méthode dite a 2 chiffons, un imbibé d'alcool a bruler (effet dépoussiérant et anti-humidité car pas fortement volatile ni gras) que vous utilisez pour nettoyer en le tournant fréquemment et un autre sec dans l'autre main pour essuyer en le retournant aussi. Juste avant l'application je conseille le passage d'une lingette antistatique (produit spécial peinture, pas celles pour le tableau de bord de la voiture bien sur) pour les dernières poussières

On passe deux couches d’apprêt diluées a 15% environ, l’une après l’autre = lorsqu’on a fini un coté on passe à la deuxième couche sans attendre, puis on fait le deuxième coté. Ou encore on fait tout d’un seul coup si c’est possible

Ponçage avant finition

Ponçage a la main  à l’eau grain 220 puis 600, rinçage, karcher ou pas : si karcher = bien laisser sécher ( plusieurs heures), Asuivre17 , n’aime pas le karcher , je vais peut être  suivre son conseil a l’avenir

Finition

Dégraissage/dépoussiérage comme précédemment

Je peints un coté puis l’autre. Dilution 20 % ou plus. Trois couches mouillée sur mouillée (idem apprêt), les une derrière les autres….c’est fini. On peut faire les couches successives en plusieurs fois à condition de les recouvrir en moins de 24 h

Si le chantier s’y prête il est encore mieux de faire toute la coque en une passe, mais ça peut être compliqué : bâcher l’autre coté , sens du vent , temps dispo ou fatigue : tenir ce pistolet longtemps devient douloureux pour le poignet, c’est pas si léger

Ne cherchez jamais à couvrir, opacifier, dès la 1ere couche; cette 1ere couche est légère et doit être considérée comme une accroche pour la 2eme, profitez en pour parfaire votre réglage de pistolet. La 2eme se charge pour donner de l'épaisseur et donc de la profondeur a votre teinte, la 3eme un peu moins que la 2eme, cette dernière est appliquée pour le grain de finition et la brillance.

Un résumé de l’action :

mes 2x0.75l sont prêts, filtrés et bien calés dans mon bac, ma coque est parfaitement dépoussiérée et comme je suis débutant j'ai choisi une journée sans vent... Mon godet de pistolet qui fait 1l est rempli, pas forcement a raz bord... Je démarre par l'arrière (babord ou tribord selon la facilité de votre mouvement puisqu'il n'y a pas de vent) et donc me dirige au fur et a mesure de mon laquage vers l'avant, un peu après la moitié du coté il sera temps de penser a re-remplir votre godet de pistolet (souvenez vous de nos surfaces et pouvoir couvrant... 8m²/l , 11.33m² pour un coté, j'ai 0.9l environ dans mon godet...), je descends de échafaudage, j'ouvre le godet de peinture et verse le restant de mon mélange préparé dans mon bac, je referme le godet. J'en profite pour brosser avec une petite brosse genre brosse a dent le chapeau, la buse et la tête d'aiguille avec donc ma "brosse a dent" que je trempe et rince dans du diluant peinture, de façons à repartir avec des flux d'air nickel et non obstrués. Un petit coup de gâchette dans le vide (vers le sol et non pas le boat d'a coté ) pour chasser le restant de diluant et c'est repartie... Quand j'arriverai a l'étrave je la dépasserai légèrement pour finir sur le début de l'autre coté. La je pourrais re-préparer 2x0.75l de mélange dans mon bac, laisser reposer la peinture ses 20min, me désalterer , faire pipi si nécessaire... etc... avant de reprendre ma tâche en redémarrant par mon étrave et donc me rendre jusqu'a l'arrière.

Finition ultime

Si l’on dispose d’un bon compresseur et d’un bon pistolet, on ne fera a l’étape précédente que deux couches, on obtiendra une finition miroir et ponçant  grain 400 puis 1000, et en repassant deux autres couches .

Echec

En cas de coulures ne vous enervez pas, vous ne pouvez rien faire : il faut attendre que ca durcisse (>24h) et re-poncer au grain fin (600 à 1000) et recommencer la couche..si ca devient une habitude , c’est que vous n’êtes pas fait pour cette activité et vous pourrez dire que je vous ai mis dans la merde. Mais  vous avez déjà fait le plus gros du travail ( préparation ) et vous demanderez au vrai peintre de venir peindre.

 

NETTOYAGE DU MATERIEL

Lorsqu’on qu’on arrête, il ne faut pas oublier de nettoyer le pistolet, sinon ça bouche et plus de joli jouet.

Pour ce faire on met un peu de diluant dans le godet et on actionne le pistolet comme pour peindre, pendant environ 15 sec ; on vide ce diluant Sali que l’on garde pour une utilisation future , et on recommence avec du diluant propre. Démontez la buse pour la nettoyer ensuite avec un pinceau  + diluant

Nettoyez ensuite l’extérieur du matériel avec un pinceau + diluant de la même façon,

POLLUTION

Tous ces produits sont des polluants réellement dangereux pour vous et pour l’environnement : ne jetez jamais les résidus ni à l’égout ni au sol ; récupérez les reliquats dans les flacons ou dans les pots vides et éliminez les comme il se doit = déchèterie ou endroit prévu a cet effet sur votre dry dock.

Les derniers commentaires :

P1010007
mayko

il faut mieux utiliser en effet un basse pression

environ 6 heures
Imgp0563
bendix

Salut , pourquoi mettre une laque bicomposant à l'airless ? qui est fait en général pour des produits épais , un bon pistolet avec une pression de 3/4 bars donne du bien meilleur résultat

environ 8 heures
P1010007
mayko

c'et sur qu'il y a un geste et des habitudes a "inventer" pour chaque personne et chaque situation...c'est un travail artistique donc incluant de tres nombreuses variables , pas forcement facile a controler

environ 8 heures
Libre_pratique
Gradlon

J'ai repeint récemment mon bateau de 12m avec une laque bi-comp international diluée à 30% environ et un pistolet basse pression airless. Une première tentative a été désastreuse, nous avions passé deux couches sur une ancienne peinture bien poncée de même marque et de même couleur. Nous avions croisé un passage en horizontal et vertical. Au final, l'état de surface était nickel mais mahleureusement avec une quantité de coulures rédhibitoire. Le bateau a été entièrement reponcé et repeint toujours à l'airless mais avec une technique inspirée des carossiers, c'est à dire un coup au même endroit mais toutes les dix minutes sans jamais chercher à couvrir. Nous avons procédé à deux de la manière suivante. L'un tient le pistolet l'autre le suit avec le compresseur électrique de l'airless. La basse pression permet de ne pas arroser partout. Un vent de 5/6nd permet de travailler. Nous faisions un tour du bateau avec un coup de pistolet horizontal. On continuait avec un coup vertical. L'espacement était d'environ 10mn. Nous avons fait 11 fois le tour du bateau avec deux pots 1,5l. Le lendemain nous n'avons constaté aucune coulure, un état de surface moins pétant que dans le premier essai mais bien meilleur qu'au rouleau. Il faut dire que lors du premier essai (raté) le temps était plus sec et sans vent. Pas mécontent du deuxième résultat et sur ma lancée, j'ai passé l'antifouling à l'airless. Là c'était beaucoup plus facile: deux couches en deux passages ont suffi avec moins d'une heure de boulot.

environ 22 heures
P1010007
mayko

une petite mise au point,
ce we j'ai fait des retouche sur ma coque a des endroits qui avaient été massacrés par le coup de vent de cet automen alors que j'etais a quai ( la mer a trop monté)
comme l'on dit certains il est possible de faire du baeu travail au pinceau mais ca a l'air encore plus technique d'au pistolet il faut:
une temp assez basse ( 15 max) pour que la peinture tire, et surtout diluer au mort <35% pour avoir le temps de lissé la peinture et lui permettre de couler legerement ce qui au final ameliorera le rendu et le fini
mais si ca coule vraiment c'est raté
de plus c'est long et ca consomme beaucou de peinture ( a cause de tout ce qui coule)
bref pour de petites surfaces c'est ce qu'il faut faire,c'est plus simple a mettre en oeuvre, mais pour les grandes??

mardi 14 février 2017 13:56
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