Souvenir de ma Transat!

En effet, j'ai fait une traversée, Canaries-Martinique.
Je ne sais pas ce que je pourrais indiquer comme tuyaux, car chacun "vit la mer" d'une manière différente.

Dans mon cas, je pourrais écrire un roman !! C'était en 1990. Je résume brièvement:
Un ami organisateur de croisières - sachant que je rêvais de faire une transat - avait fait appel à moi pour réaliser un film promotionnel de cette aventure: une transat en flottille, une 15aine de voiliers à convoyer pour une base de location.., (ce que je n'ai appris que beaucoup plus tard), et des voiliers privés. J'ai tout de suite accepté, car pour moi, un rêve!

Arrivée aux Canaries,  je me suis retrouvée parmi tous les équipages qui se connaissaient déjà, car ils avaient préparé leur transat depuis une année. Ils sont tous partis de la région Provence Var et avaient donc déjà une idée de la flottille. Moi, je ne connaissais que la navigation en Méditerranée, et encore, j'en étais aux débuts! Je venais d’obtenir le permis voile en haute mer du CCS !

Bon! Je suis arrivée sur "Funambule", un Sun Odyssé 38, dont le skipper a été congédié  - (trop de Pastis...), et l'équipage, trois gaillards n'ayant comme expérience que le trajet Méditerranée-Canaries.

L'organisateur m'a demandé de remplacer le skipper - ce que j'ai refusé, car il m'a "engagée" pour un film, non ? LE skipper, un jeune ingénieur anglais au chômage, fût trouvé dans le port...jamais de transat, mais un bon régatier en Manche! On me demande d'être seconde! OK. Nous sommes: un irlandais, un français, un anglais et  deux suisses, un jeune de 20 ans et moi. La langue à bord sera l'anglais! Je fais le tour du port et demande à gauche et à droite, en visitant d'autres bateaux,  le comment du pourquoi - je n'avais aucune idée pour la préparation d'une transat. Avec les conseils reçus et "intuitivement", le skipper et moi commençons le contrôle de tout le bateau: moteur, électricité, VHF... je passe, car c'était le bordel!  Fusibles rouillés, VHF fixée avec de la toile collante sur le bord supérieur en bois de la table à carte… Trois jours à réparer, installer, coudre deux hamac pour les fruits et légumes, bricoler, nettoyer - trouver sur une île qu'on ne connaît pas ; acheter l'avitaillement pour 4 semaines...

Les autres bateaux sont presque tous partis, chaque jour deux ou trois. Nous nous trouverons à env. 200-300 miles les uns des autres. Puis, ce fût à notre tour!
Etant la seule avec une licence radio, je suis responsable sur Funambule des liaisons BLU entre les bateaux: 4 fois par jour, on prend et donne des nouvelles. Position, état de la mer, météo, vie à bord...certains pêchent "trop" et font des conserves de thon!
Pour nous, au bout de 2 semaines, deux belles dorades sont plus que bienvenues, car la viande - que j’avais fait mariner  à l'huile d'olive/épices au départ, bonne pour une semaine, a été dégustée. Il y a les œufs : bouillis pour 20 secondes, ils restent comme frais! Les aliments à base de vitamines C, choux, ail, oignons, citrons, carottes, se gardent bien! Fruits frais et secs. Pâtes, riz, pommes de terre, boîtes conserves, pâtés, saucissons, chocolat, farine, levure, biscottes, biscuits... Eau: en plus des 200 litres des réservoirs du bateau, une cinquantaine de bouteilles d'eau minérale. Deux  jerrycans de 25 litres gasoil en plus du réservoir bateau.

Ne faites pas comme moi: surprise, les poivrons que j'avais mis dans le "hamac" légumes et fruits, suspendu à la main courante du carré,  - sous lequel était ma couchette - se sont liquéfiés en moins de 4 jours.Un réveil sous un "goutte à goutte" gluant...

Et,  Funambule a eu différents problèmes: d'abord le pilote automatique, tombé en panne, était irréparable. Pas grave, on a barré! Le GPS ne donnait plus de position pendant trois jours,  les Américains en avaient décidé ainsi...(guerre du Golfe). Pas grave... nous avions un sextant, avec mes quelques notions en astro-naviagtion, une position approximative à +- 30 milles était acceptable... L'enrouleur de GV s’est cassé. Réparation faite- mais par une houle de 4-6 m! Et le plus gros: Les 2 batteries se sont "vidées" sans que la personne de quart (4 heures) ne s'en rende compte à temps: l'organisateur avait branché la BLU et le pilote sur la batterie moteur!  Il restait juste assez de puissance - 20 secondes pour parler et  fini - afin que je puisse émettre à la BLU notre problème et la  position en mer. Puis ce fût le retour à la navigation "traditionnelle": sans électricité, pas de VHF, pas de moteur, lumière et feux de navigation,  pompes, frigo, GPS...


Mais, C'ETAIT UN VOILIER, et un voilier, ça a des voiles.....donc, au gré du vent, nous avancions, mille par mille. Trois jours sans le moindre souffle, une mer d'huile ; alors on dérive avec l'immense houle très longue;  j'entends encore le "flap-flap... flap, flap de la GV qui  pendait  lamentablement, vide! Un coup d'œil sur le compas: cap 275, 270, 280... il faut  bien le garder, ce cap! Autrement...
Alors, le plus jeune de l'équipage -  pour qui c'était la première navigation en mer -  a commencé à paniquer: si nous n'arrivons jamais...si on meurt de soif, si personne ne nous trouve.... si…

Un certain "laisser aller" s'est installé parmi les quatre hommes...le skipper dormait la plupart du temps. Le "jeune" cachait tout ce qu'il pouvait par peur de manquer, comme les allumettes... Il comptait sans relâche le nombre de milles qui nous restait à faire. Je découvre l''irlandais qui se rase à l'eau minérale.., etc etc .

Il a fallu que je réunisse tout le monde pour une discussion de mise au point et de "survie éventuelle": ne pas gaspiller, comment faire une petite lessive à l'eau de mer, comment récupérer l'eau de pluie qui s'écoule de la GV dans un bidon pendu sous la bôme...nettoyer de temps en temps le plancher qui devient poisseux... Etant la seule "nana" à bord, ils comptaient sur moi ! Eclairer le carré au moyen d'une bougie mise dans un immense bocal de cornichons vide - (oui, des bougies, je ne m'en passe jamais, j'en avais acheté) !! Garder les torches pour éclairer un minimum de temps le strict nécessairt la table à carte…Fixer une petite pile sur l'ampoule du compas. Se diriger la nuit avec les étoiles (mes quarts étaient sous Orion!  Et : Comment garder le moral...

Un jour, un catamaran nous a dépassé à environ deux milles. Un espoir! Je monte sur le pont, j’appelle, je crie, je sors sort la corne de brume...pas de réponse. Il a continué son chemin! Une semaine plus tard, juste avant le coucher du soleil, j'aperçois, à l'horizon, une voile, minuscule! Les signes, les torches... et le bateau s'approche! C'était un des voiliers de la flottille. Il avait entendu mon dernier message! Des problèmes de moteur lui ont fait rebrousser route sur les Canaries. En repartant, il a repris la mer en suivant exactement le cap vers notre dernière position, Cc 275, et nous a retrouvés !
Notre annexe est gonflée : Les gilets de sauvetage mis, nous ramenons une batterie prêtée. Le redémarrage  - oh que c'est sympa  le bruit d'un moteur …  fût fêté à la bière irlandaise -  les bouteilles de vin étaient bues depuis belle lurette. L'équipage du voilier qui nous prête la batterie nous donne du thon, celui mis en conserves.
Quelques jours plus tard, nous avons fêtons Noël - qui était prévu en Martinqiue – avec la bouteille de champagne - elle prévue pour l'arrivée au Marin en Martinqiue. J'ai préparé un repas de Noël avec les moyens du bord... biscottes-canapés au pâté de foie, moules en boîte, petits pois, purée de pommes de terre, salade de choux!
Et, enfin, les Alyzées se sont levées. Nous avons terminé avec 20-30 nœuds de vent au portant, comme il se doit, et sommes arrivés heu-reux en Martinqiue.

Quant à moi,  j'ai eu beaucoup de peine à quitter le bateau! Le premier Ti-Punch  n'a fait que d'accentuer mon émotion et j'ai pleuré comme une madeleine! Pour d'autres, l'expérience d'une transat aura été la première, et la dernière !

 

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