La Clé de Sol, un ketch aurique de 1953

Equipage le 10/05/2000
Il est des bateaux de mémoire, emplis d’histoires par ceux qui les ont aimés. Ils ne meurent jamais mais connaissent d’autres propriétaires, et si les traces se mêlent et s’enrichissent mutuellement, la mémoire première celle de la naissance reste à jamais inscrite. Celle de La Clé de Sol est avant tout musicale, elle lui vient d’un piano quart-de-queue Steinway autour duquel il fut construit.

Etonnante histoire où un homme, Jean de l’Espée décide de réunir ses deux passions la mer et la musique sous la forme d’un ketch aurique renfermant son piano, le bateau s’appellera La Clé de Sol.




Concerto pour piano et bateau

la cle de sol un ketch aurique de 1953
Aujourd’hui même si le piano là, Les propriétaires Corinne et Alain continuent amoureusement d’entretenir le bateau et de naviguer en charter en méditerranée, recevant à son bord, musiciens et autres passionnés de la mer.

Sa silhouette est devenue familière dans le circuit des rassemblements de traditions. Et s’il n’a pas la silhouette affinée des grands classiques comme Tuiga ou Moonbeam, sa personnalité n’en est pas moins attachante, car l’âme musicale est bien là, préservée. On finit même le soir, confortablement installée parmi les coussins, par y entendre résonner un concerto pour piano lorsque ses propriétaires (intarissable sur son histoire) emmènent leurs invités dans le sillage de La Clé de Sol. Alors les notes s’égrènent tard dans la nuit lorsqu’ils racontent avec passion :

« Peut-être n’avez-vous jamais fait un tour du monde ? Mais peut-être y avez-vous rêvé. Sachez, si cela vous console, que j’y ai pensé pendant un bon quart de siècle ! » Ainsi commence Jean de L’Espée dans son livre « Le périple de la clé de sol ». Lorsque ce grand gaillard, baron de son état, homme d’humour et artiste sympathique rencontre l’architecte Maurice Amiet pour lui demander de dessiner son futur bateau ; son cahier des charges se résume en quatre principes, plus un autre très particulier. Tout d’abord, la sécurité dans toutes les mers et par tous les temps, le confort avec 1.90 m de hauteur sous barrots, la vitesse dans la mesure ou les deux premiers points sont optimisés, et une coque maniable par une personne seule. Enfin une exigence particulière : mettre un piano quart-de-queue Steinway à bord ! La taille de celui-ci allait donc déterminer le maître-bau et la hauteur sous barrots du bateau. Le baron précise : »Il est évident que si je mesurais 1.70m et jouais de la flûte, ma coque aurait eu d’autres dimensions. » La construction débute en 1953 dans le midi de la France au chantier Boudignon en Arles.

Après son lancement à Villefranche en 1954, La Clé de Sol s’élance pour sa première traversée de l’atlantique, puis revient à Marseille en janvier 1955 par cargo. A soixante ans le baron Jean de l’Espée décide de réaliser un vieux rêves, celui de faire un tour du monde à la voile. A l’automne 57, il repart avec deux équipiers pour réaliser sa boucle et passe Panama en janvier 58, direction Tahiti et les miles continuent de défiler, Hawaï, le Japon, Hong-Kong avant de revenir fin 63 à St-Tropez où l’O.R.T.F et le yacht club l’accueille royalement. Notre homme plein d’humour ne manque jamais de faire remarquer qu’un piano à queue possède à tribord une échancrure qui permet le passage du mât et que les touches noires en relief offrent un appui à la gîte pour les doigts du pianiste…Quand on lui demandait si le piano avait souffert, il se plaisait à répondre que l’équipage lui aussi avait pu souffrir, il évoquait l’arcade sourcilière fendu de son compagnon George le Bihan, et pour sa part, ses trois côtes fracturées avant de confier que le piano avait rompu spt cordes hautes sous l’effet de la chaleur à Hong-Kong et que l’humidité lui avait donné un peu d’arthritisme passager. Le piano sera sorti du bateau en 1967 par le chantier Pasqui à Villefranche.

Le baron vendra son bateau en 1972 au docteur Grosjean qui navigue à partir de Marina baie des Anges avant qu’un couple le rachète en 1982, ils auront deux filles et garderons le bateau à Nice jusqu’en mars 93, date à laquelle Alain Himgi et Corinne Granteral le rachètent pour vivre à bord. Il leur faudra un an de travail acharné pour lui redonner vie, ils réussissent à garder les boiseries d’origine et recréé le coin cuisine, la salle d’eau, deux belles cabines arrière et un coin navigation (compas, chronomètre, baromètre et loch sont d’origine). L’espace commun le carré, est d’un volume exeptionnel pour la taille du bateau ; une table fixe sur l’estrade à remplacé le fameux piano quart-de-queue.

En automne 96 le bateau est loué pour le tournage d’un film « Cap danger » avec Victor Lanoux… Si le film est très moyen, cela permit du moins à La Clé de Sol de s’offrir un jeu de voiles neuves. Elle peut de nouveau déployer ses ailes et reçoit Monsieur Quincy Jones, pour un musicien ça sonne bien embarquer sur un tel navire, et surtout son équipage mélomane est ravi. Les années passent et la Clé de Sol prépare aujourd’hui sa septième saison, les améliorations à bord sont constantes, confort, matelotage, finitions ; avec pour cette année 2000 du changement dans le gréement avec l’ajout d’un mât de flèche de 5.80m, du plaisir en perspective pour le petit temps et de quoi occuper le marin…

La nuit avance, et le dernier verre se prendra sur le pont sous le ciel étoilé car on ne se lasse pas d’entendre les histoires de La Clé de Sol. Il est des sillages étonnants et nous avons hâte d’être au lendemain pour notre première sortie à bord.

à suivre...



Concerto pour piano et bateau (suite)

la cle de sol un ketch aurique de 1953Naviguer sur La Clé de Sol :
Charter – SARL Capéol
51, Bd de l’Estérel
06150 Cannes la Bocca
Tél/Fax : 33 (0)4 93 47 04 35

Les départs se font à partir de la côte d’Azur et de la Corse. Le bateau est basé à Cannes, il est possible d’embarquer pour le week-end, la semaine ou plus, tout est possible selon la disponibilité.

A son bord, un équipage très soudé capable de faire face à toutes les situations et d’une belle complémentarité car si Alain (maître sur le pont), est efficacement secondé par Corinne, celle-ci règne sous le pont, secondée par lui., et le client étranger ne sera pas dépaysé puisqu’ils parlent couramment l’anglais, l’allemand, l’italien, l’espagnol.
Alain sorte de Corto Maltesse à bourlingué depuis plus de vingt ans sur les mers, avec plus de cinq traversée de l’atlantique au sextant, ce passionné de navigation pourra initier ceux qui le désirent aux secrets de la navigation. Mais à bord rien n’est obligatoire, il ne s'agit pas d’une école de croisière mais bel et bien de charter où naviguer rime avec vacances. Corinne à elle aussi beaucoup voyagé, après des études de lettres à Paris et Berlin, elle fait l’école du Louvre, hôtesse attentive, elle saura vous faire partager sa passion pour le bassin méditerranéen.

Le bateau :
Ketch aurique
Longueur hors-tout :16 m
Longueur au pont :13.20 m
Longueur à la flottaison :10.80 m
Maître-bau :4.03 m
Tirant d’eau :1.65 m
Surface de voile :100 m2
Déplacement :15 T
Coque : chêne et acajou + chêne et acacia
Architecte :Maurice Amiet
Constructeur :Chantier Boudignon (Arles)
Lancement :1953


Bibliographie :
« Le périple de La Clé de Sol »
Edition Robert Laffont 1964

« Yachts de Tradition »
Edition Voile Gallimard 1999
Une présentation du bateau parmi d’autres grands classiques

« Le Yachting - voile et moteur »
Edition Larousse 1965
Quelques pages signées Jean de L’Espée sur la grande croisière


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