Naufrage du Léviathan : inutiles balises ?

Equipage le 09/24/2001

Le 9 juin 2001, le Leviathan a disparu en mer alors que le naufrage était identifié et localisé, par balise. Aucune des autorités prévenues n'a agit en conséquence.


Les faits

9 juin 2001 : L'Armée française parade à Mayotte. Les grandes manœuvres Ylang viennent de commencer. Tout y est : Marine Nationale avec le Floréal, la Boudeuse, la Rieuse, la Grandière… Armée de l'air avec Mirages, Transalls, hélicoptères, avion ravitailleur, et enfin Armée de terre avec véhicules amphibies et légionnaires. Au total plus de 1200 hommes.

Pendant ce temps, à 240 miles plus au nord (soit moins d'une heure de vol pour un Transall), le Leviathan, voilier américain de 32 pieds avec 2 personnes à bord, fait naufrage dans l'indifférence la plus totale.

Retour en arrière. Quelques jours avant le naufrage, le Leviathan fait route entre les Chagos et Mayotte, en compagnie de trois autres voiliers. Arrivé au nord du Cap d'Ambre (Madagascar), le groupe rencontre de très mauvaises conditions météo (vent de SE 40 à 50 noeuds), et décide de se mettre à l'abri sous le vent de Farquar. En s'approchant, Leviathan talonne sur une patate. Le skipper aurait indiqué par VHF aux trois autres bateaux qu'il préférait reprendre le large, ne se sentant pas en sécurité près du récif ( mais il ne signale pas de voie d'eau à la suite du choc). Dans la soirée, à 19h58 TU, l'équipage déclenche sa balise de détresse, qui est aussitôt localisée dans les eaux seychelloises par 10°.3S/49.4E et identifiée par le centre de Toulouse, qui répercute 10mn plus tard le message au CROSRU à La Réunion. A son tour, celui-ci informe les navires équipés de système de télécommunication par satellite et les pays environnants, les Seychelles en particulier et l'Afrique du Sud dont les radioamateurs alertent aussitôt leurs collègues "maritimes mobiles

Beaucoup de gens sont donc informés et les plus hautes autorités en particulier. Cependant ni l'Armée française (qui se trouvait à moins d’une heure de Transall du naufrage) ni les Seychelles n'interviendront, ce qui conduira à la disparition totale du Léviathan et de son équipage. N'appelle-t-on pas cela  de la non-assistance à personne en danger ? La loi maritime ne fait-elle pas obligation de porter secours à un navire en perdition ?
Le 9 au matin, le Léviathan est absent du contact radio quotidien. Depuis, plus rien. Trois mois après aucune trace matérielle du Léviathan n'a pu être découverte.

La balise a fonctionné durant 8 heures en se déplaçant vers l'ouest à 8knt (selon le CROSRU qui avait d'abord annoncé 12knt durant 24h !!!). Que s’est-il passé ? Un démâtage suivi d'une perforation de la coque ou du rouf, des déferlantes qui submergent le bateau incontrôlable ? L'équipage a t-il tenté avec l'annexe (qui était gonflée en permanence sur le pont) de rejoindre Cosmoledo, située plus à l'ouest? Un des deux membres est-il tombé à l'eau ? Pourquoi la balise n’a t-elle fonctionné que 8 heures: pile ou submersion totale? Beaucoup de questions sans réponse... Ce qui est sûr, c'est que le bateau n'était pas en très bon état, embarquait beaucoup d'eau et avait connu quelques problèmes entre Maldives et Chagos, selon ceux qui ont rencontré cet équipage là-bas.


La légèreté des (non)intervenants :

Au-delà de la disparition de Paula et Rick Porter, le plus choquant dans cette affaire est le peu de considération  qui a été apporté à ce drame de la mer, dès son commencement, par tous ceux dont l'action pouvait être déterminante :

  • Alors que les conditions météo étaient très mauvaises sur la zone du naufrage, le CROSRU ne s'est pas véritablement mobilisé considérant dans un premier temps que le déclenchement de la balise était accidentel sous prétexte qu'elle n'avait fonctionné que 8 heures et s'était déplacée à la vitesse de 8 noeuds vers l'ouest. Mais alors pourquoi avoir informé les navires et les pays voisins ?
    Par la suite, malgré les informations inquiétantes (absence de radeau de survie, bateau embarquant beaucoup d'eau, silence radio) fournies par ceux qui connaissaient bien le Léviathan, la mobilisation du CROSRU ne sera pas plus active, se contentant de faire son travail d'information sans se préoccuper de savoir si des actions de sauvetage avaient été entreprises ou non.
  • Malgré les énormes moyens dont elle disposait, l'Armée française n'est pas intervenue. Il est attristant que pas un seul officier supérieur n'ait pris la décision " d'y aller ".  Où est le devoir de solidarité en mer ? Aux yeux des nombreux équipages étrangers présents à Mayotte, le prestige de la France est tombé bien bas.
  •  " Ce sont les eaux seychelloises, il faut passer par la voie diplomatique " m'a-t-on dit à la Préfecture de Mayotte. Mais il y a quelques mois, la Boudeuse ne s'est pas embarrassé de la voie diplomatique pour  aller sauver  les survivants d'un bac malgache qui venait de faire naufrage à Sainte Marie. Le commandant de la Boudeuse a fait son devoir, c'est normal. Mais pourquoi rien n'a été fait pour porter secours au Leviathan ?
  • Les Seychelles n'ont également rien fait. Même s'il ne dispose pas de moyens énormes, ce pays possède plusieurs vedettes militaires et un patrouilleur ainsi que des avions civils qui pouvaient intervenir rapidement.
    Plus surprenant encore, le capitaine du cargo Azarot en attente à Diego Suarez (soit à 160 NM du naufrage) a proposé aux autorités seychelloises d'intervenir. Réponse : " Inutile d'y aller, nous n'avons pas assez d'informations "
  • La Capitainerie de Mayotte n'a pas été informée de l'appel de détresse et n'a jamais diffusé par radio de message le concernant, alors que de nombreux navires croisant dans la zone sont à l'écoute du bulletin météo diffusé en clair quotidiennement.


Le 20 juin, soit 12 jours après le naufrage, un avion américain parti de Diego Garcia (un comble !) effectuera 3 survols de la zone mais sans résultat.


Les balises : faut il y croire ?

naufrage du leviathan inutiles balises Les possesseurs de balise seront sans doute choqués par cette lamentable histoire. Malheureusement elle n'est pas exceptionnelle. Hormis le long des côtes d'Europe où elle peut rendre service, il faut savoir qu'au grand large ou à proximité de pays peu développés, la balise ne sert qu'à rassurer son possesseur, à moins de s'appeler Isabelle Autissier et que l'événement soit couvert par les grands médias… Pour le navigateur anonyme point de salut…
Ce ne sont pas les fabricants de balises qu'il faut accuser : techniquement cela fonctionne très bien. Plus coupables sont les responsables du système SARSAT COSPAS *  qui laissent croire à l'aide de schémas très clairs mais complètement irréalistes qu'un avion viendra vous survoler dans l'heure qui suit le déclenchement. Un sauvetage, c'est d'abord une histoire d'argent . Bien souvent  les navires ou les pays concernés se dérobent sous divers prétextes hypocrites, ne sachant pas qui va payer . Pour les technocrates, une vie humaine ça ne vaut que quelques milliers de francs. Alors le calcul est vite fait…

* (Il serait souhaitable qu'ils prennent parti dans cette affaire afin d'obtenir tous les éclaircissement des pouvoirs publics)


Les derniers commentaires :

Avatar
Gary
Pour faire remonter cet intéressant sujet...
J'ai appelé le CROSS Gris-Nez il y a quelque jour afin de me faire une idée sur leur capacité à gérer une situation de détresse hors des eaux françaises (le Pacifique Sud dans notre cas)

Un monsieur m'a confirmé qu'en cas d'appel de détresse (Iridium) ils assuraient effectivement la coordination des secours.

Il m'a recommandé (je n'y avais pas pensé) de leur envoyer par mail, avant le départ, un descriptif de notre traversée et de les prévenir évidemment à l'arrivée.

Je repense à cette mesure en lisant ce fil. Son grand intérêt est de lever immédiatement le doute en cas de déclenchement d'une balise de détresse... On peut penser que les organismes de secours ne se poseront pas la question de savoir s'il s'agit d'une vrai laerte ou d'un déclenchement intempestif...

Cela ne résoud pas, bien sûr, le problème de l'abscence de moyens de secours dans les eaux où évolue le bateau en détresse...

A+ Sergio
vendredi 22 janvier 2010 23:44
Avatar
diaoulig
j'ai assez vu le gars de la marine prendre des risques pour...
des plaisanciers pour dire que certain plaisanciers devraient la mettre en veilleuse sur le sujet.
rejeter la faute d'un naufrage sur la marine sous pretexte qu'elle n'est pas intervenu c'est un prendre les marins pour ce qu'ils ne sont pas et deux faire preuve de bien peu de sens marin.
dans cette histoire le seul truc regretable ce sont les pertes humaines, le reste n'est que polemique.
si je sort sur un bateau douteux, je fais gaffe a ce que je fais,ou je repare. mais de toute façon le premier sauveteur c'est le naufragé qui se prepare comme il faut et qui agit correctement.
se ballader en mer comme sur lescamps elysée c'est faire preuve de peu de cas de sa propre vie.
les balises c'est tres bien, cela ne marche pas toujours et de toute façon il faut etre en mesure d'attendre les secours, plusieurs jours si necessaire.
pour le reste ....
bon vent
jpierre
mardi 02 novembre 2004 09:58
Avatar
bidule
pour plus de detail
dans le vecu de jean pierre, je pense qu'il s'agit de l'histoire racontée dans ce topic, dont voici le lien
http://www.hisse-et-oh.com/forum/index.php?action=detail&sujet=39403&tab=bk#grip_id_39447
voila c'estait dans mes favoris,
c'est tellement bien raconté que je vous en fait part,
et puis je vais egalement le faire remonter,
cela peut en faire profiter d'autre...
mardi 02 novembre 2004 09:57
Ornement%c3%a9
Pythecanthropus Erectus
à ceux qui ralent
parce que c'est pas le boulot de la marine d'aller rechercher les plaisanciers en mer, je suis d'accord, surtout quand les plaisanciers c'est Isabelle A, qui part avec des bateaus tellement legers que le mat ne tient que par habitude, et qui tire dedans comme une folle pour arriver la première... sauf qu'elle n'arrive pas dans 90% des cas...

et pourtant, elle, on trouve normal qu'une frégate et ses 120 hommes d'équipage perdent du temps et l'arents du contribuable à aller la rechercher.

Perso, j'admire beaucoup plus Arlette Chabot, qui arrive trois mois après tout le monde, mais qui amène en bon marin son bateau intact à destination...

Florence, où que tu sois, tu me manques
:-(
mardi 02 novembre 2004 09:48
---
Pour Jean-Pierre - Saint Bernard de la Mer
Mon cher Jean-Pierre,

On ne sait jamais ce qu'il peut arriver...je souhaite juste que dans toute ta vie de marin tu 'auras jamais a vivre une telle histoire...pour que tu comprennes ce jour là que tu ferais mieux d'avoir un peu plus de comprenhension, moins de hargne dans tes propos et surtout plus d'empathie pour ton prochain...

Pense à la simple idée de traverser la rue en regardant à droite et à gauche de la route...avec l'esprit tranquille de quelqu'un qui va chercher des croissants pour le petit dej de sa femme...Et puis d'un seul coup, ta vie se bouscule car une une voiture, venue de nulle part, vient de te renverser....

Oups...on ne controle pas tout...Encore moins avec la Mer.

A bon entendeur,

David
jeudi 17 octobre 2002 03:21
Voir tous les commentaires
Retour