L'esprit de Bougainville

Equipage le 10/05/2000



1. Expédition « Vivès »

l esprit de bougainvilleLes 33 Sakkudeï

Septembre - octobre 1999

Les Sakkudeï de Siberut dans l'archipel des Mentawaï au large de Sumatra sont un cas - très rare en ethnologie - de résistance collective et pacifique au monde extérieur et à son évolution.

Découverts et étudiés il y a seulement une quarantaine d'années, les Sakkudeï se sont réfugiés dans les jungles les plus inaccessibles de leur île lorsque les Indonésiens décidèrent de faire évoluer par la force tous les groupes indigènes de l'archipel.

Depuis, ils résistent farouchement au changement de leur univers dominé par le chamanisme, et n'acceptent de la civilisation que les objets utilitaires qui n'altèrent pas leur identité. Mais ils ne sont plus que 33 et la " civilisation " représentée par les villages gouvernementaux est désormais à quelques heures de pirogue de leur territoire. Les Indonésiens ne tentent plus que de les convaincre de gagner ces villages, sans les y contraindre, mais rien n'y fait. Les Sakkudeï veulent rester Sakkudeï. Ils tatouent leurs corps, du visage jusqu'aux jambes, pour être agréables aux esprits qui peuplent la forêt, ils chassent comme le faisaient leurs ancêtres qui connaissaient tous les poisons dont on enduit les flèches, et surtout ils continuent à vivre dans leurs grandes cases communautaires, ornées des centaines de crânes d'animaux dont ils se sont nourris au cours de leur vie. Et leur avenir, ils ne veulent toujours le voir que dans les entrailles des animaux, qu'ils interrogent chaque jour.

Les Sakkudeï sont les " derniers des Mohicans " de cette région de la planète, pathétiques dans leur volonté de rester eux-mêmes malgré l'évolution du monde. Ils savent qu'ils sont probablement les derniers, puisque leurs enfants choisiront d'entrer dans le monde moderne. Mais rien n'entame leur volonté de résistance pacifique.


Après avoir passé le détroit de la Sonde et remonté l'océan Indien, la Boudeuse a déposé son équipe principale sur la côte occidentale de Siberut, la plus inhospitalière de cette région mais la plus proche du territoire des Sakkudeï. Se faire accepter par eux, au-delà d'un simple contact, s'est avéré aussi difficile que prévu. Mais après quelques semaines de vie commune, ce sont les Sakkudeï qui ont souhaité découvrir, à leur tour, ce qu'était l'univers des hommes de La Boudeuse, ce qu'était vraiment leur navire. Le retour de l'expédition jusqu'à la côte s'est donc fait avec eux et cette aventure humaine s'est achevée par cet échange ultime de trois émissaires Sakkudeï montant à bord de La Boudeuse, comme au temps de Bougainville, pour raconter ensuite aux autres membres du clan comment vivaient les hommes qui étaient venus les rencontrer.



2. Expédition « De La Giraudais »

l esprit de bougainvilleL'ILE DES DERNIERS HOMMES

îles Andaman

Les îles Andaman sont l'un des endroits les plus méconnus de la planète. Entre le sud de l'Inde et le cap Négrais en Birmanie, s'étirent sur près de 600 milles, 319 îles qui appartiennent à l'Inde.
L'archipel est fermé au monde extérieur depuis un quart de siècle, l'Inde qualifiant de "sensible " cette zone géographique. Nul ne peut y pénétrer, sauf dans les îles principales où se trouve la capitale, Port Blair.

Les Andaman sont peuplées de communautés tribales qui, sur le plan ethnique, ne sont pas rattachées à l'Inde. Elles sont très différentes les unes des autres et on les regroupe généralement sous le terme générique - et impropre - de "Négritos ". Les noms de " Jarawa ", " Onges " ou " sentinelliens " sont plus appropriés. Quoi qu'il en soit, ces tribus vivent dans un territoire montagneux couvert de forêts denses, et sont d'un abord extrêmement difficile. Par la volonté du gouvernement indien, elles sont restées isolées de toute influence étrangère ou sont sous la tutelle étroite des anthropologues d'état.
On ne sait à peu près rien de certaines de ces tribus qui représentent l'un des cas les plus inhabituels et les plus intéressants de l'ethnologie moderne. L'un des plus énigmatiques aussi.

Après avoir quitté l'archipel des Mentawaï, La Boudeuse a mis le cap sur le golfe du Bengale et les îles Andaman, via le détroit de Malacca. Une fois sur zone, le navire a pénétré dans l'archipel par le sud, louvoyant d'île en île à la recherche de présences humaines sur leurs rives. Une navigation aussi magnifique que dangereuse compte tenu des nombreux récifs coralliens qui hantent ces parages.


L'expédition a du être interrompue en novembre 1999 compte tenu des obstacles mis sur son chemin par les autorités indiennes. Arrestations, fouilles, interrogatoires, arraisonnement en mer, perquisitions ont été le lot de la Boudeuse et de son équipage durant cette période.
L'expédition reprendra sur le chemin du retour vers la France en août-septembre 2000.




3. Expédition mer des Sulu

l esprit de bougainvillel'île de toutes les découvertes

mer de Sulu

Décembre 1999 - janvier 2000

Après avoir quitté les îles Andaman, La Boudeuse a passé le détroit de Malacca, longé le nord de Bornéo et rejoint les Philippines.
Il s'agissait désormais pour son équipage de renouer de manière concrète avec l'esprit des grandes expéditions scientifiques du 18ème siècle, où des équipes de savants représentant les principales disciplines de la science de leur époque, embarquaient sur un même navire à destination de l'autre bout du monde, dans le seul but de faire progresser la connaissance.
L'équipage de La Boudeuse d'aujourd'hui a agi de la même manière pour cette troisième expédition dédiée au naturaliste Commerson, qui découvrit la fleur de Bougainvillée, ainsi nommée en hommage à son ami.

Aux Philippines, la jonque a embarqué une équipe de scientifiques français issus du Muséum National d'Histoire Naturelle et du CNRS, et une équipe de chercheurs philippins venant des organismes scientifiques de leur pays. Puis, elle a appareillé à destination des îles isolées des archipels des Calamians, et des Sémirara. Ces îles ont été choisies auparavant par les Philippins pour leur caractère particulièrement mal connu, et les richesses potentielles encore ignorées qu'elles recèlent dans les disciplines suivantes :
· botanique
· entomologie
· zoologie
· géographie
· géologie
· biologie marine
· océanographie
· ethnologie

Une fois en vue de ces îles, La Boudeuse y débarquera ses équipes de scientifiques qui ont entrepris alors une mission à la manière de Buffon et des rêves caressés en leur temps par des hommes comme Diderot ou d'Alembert : établir l'inventaire encyclopédique des connaissances d'un univers donné et précis. En l'occurrence, celui de cette petite île aux frontières bien déterminées.
L'intention, bien sûr, était moins de parvenir à ce savoir totalisant que d'essayer de l'entreprendre. Il s'agissait essentiellement de faire resurgir " L'esprit de Bougainville " dans une tentative humaine, et de montrer par la même occasion que science et aventure peuvent se conjuguer dans un même projet par les mêmes hommes.
La mission de ces hommes n'était d'ailleurs pas seulement d'établir le "dictionnaire exhaustif " des 'îles ou leur " carte d'identité " complète, mais aussi de témoigner pour le public qui suit leur expérience, c'est-à-dire de faire vivre ces 'îles à travers leurs découvertes et leur relation personnelle avec elle.

Le film qui en découlera racontera en quelque sorte l'histoire de ces hommes de ces îles, et l'histoire de ces îles avec ces hommes.

En ce qui concerne les résultats de cette exploration à caractère proprement scientifique, il faut encore attendre les identifications en laboratoire des collectes rapportées et leur mise en perspective.



4. l'île du fleuve inconnu

l esprit de bougainvilleFévrier - mars 2000

En 1982, une équipe de quatre spéléologues Français découvre au cœur de la jungle de Bornéo, la résurgence d'une rivière, la Sungai Baai qui émerge de l'immense porche d'Ambolabong qui jusqu'alors n'était connu que des ramasseurs de nids d'hirondelles. Ils étaient partis après avoir observé sur une carte au 1/250000ème que le cours de la rivière semblait s'interrompre mystérieusement en plein terrain calcaire sur plus d'une vingtaine de kilomètres. Les karsts tropicaux étant réputés pour leurs volumes souterrains gigantesques, ils avaient décidé de tenter l'aventure avec de faibles moyens.
En quatre expéditions échelonnées sur plusieurs années, ils réussirent à localiser puis à rejoindre la perte de ce véritable fleuve souterrain qui s'engouffre brutalement dans un canyon aux parois vertigineuse à travers une jungle tourmentée qui recouvre un immense karst à tourelles. En 1996, deux des Français associés à sept Anglais parvinrent à reconnaître la partie aval de cette énorme rivière mais sans pouvoir découvrir le reste du système souterrain.

L'objectif de cette quatrième expédition de " l'esprit de Bougainville ", allait donc de soi : percer le mystère de la Sungai Baai et topographier son système.
Après avoir quitté les Philippines et pénétré à nouveau dans l'archipel indonésien, La Boudeuse a mis le cap sur le nord-est de Bornéo. Parvenue près de la côte, elle s'est engagée dans l'embouchure de la Sungai Baai. Entourée par la jungle devenue soudain le nouveau décor de son périple, elle a remonté le fleuve le plus loin possible, pour faciliter à son équipe d'exploration l'approche de la résurgence. La jonque a été amarrée le plus près possible des portes de la grotte. Les spéléologues de l'équipage se sont alors engagés dans la jungle pour l'exploration la plus complète possible du réseau souterrain encore inexploré. Ils sont partis avec la ferme intention de réaliser la première traversée complète du massif en empruntant les dizaines de kilomètres de corridors souterrains qui le parcourent.
Après de multiples reconnaissances tous azimuts qui ont mené les différentes équipes jusque dans la péninsule de Mankalikat, les premières découvertes ont été réalisées sur la Sungai Baai. Après presque deux mois d'efforts sur un terrain extrêmement difficile, l'expédition s'est achevée sur le constat qu'il restait encore de vastes espaces inconnus d'un point de vue spéléologique, justifiant d'autres expéditions spéléologiques ultérieures.

La Boudeuse a ensuite redescendu La Sungai Baai jusqu'à la côte pour retrouver la mer et gagner son lieu de carénage à Banjaramasin, au sud de Bornéo. C'est de là qu'elle repartira, fin avril, pour la poursuite de sa mission.



5. les îles de Bougainville

l esprit de bougainvilleC'est Choiseul, le grand ministre de Louis XV qui avait donné ses lettres de mission à La Boudeuse et à L'Étoile. Conformément à ses vœux, Bougainville, pour attester de ses découvertes, faisait déposer dans chaque île où il prenait pied, une urne de grès ou un coffre de bois " sertis convenablement " - selon les mots même du ministre - à l'intérieur duquel était enfermé un parchemin contresigné par les officiers de son équipage.

D'après les différents récits de Bougainville et de ses compagnons, ce cérémonial eut lieu neuf fois sur la partie principale de leur itinéraire. Six de ces urnes ou de ces coffres ont été retrouvés ultérieurement.
Les trois autres se trouvent toujours là où ils ont été enfouis deux siècles plus tôt, dans des îles probablement situées entre l'extrémité ouest de la Nouvelle-Guinée et la Mélanésie. Les coordonnées géographiques de leurs emplacements sont plus imprécises dans les textes de l'époque.


Pour la dernière expédition de sa campagne, la jonque s'engagera dans les parages inhospitaliers des côtes de la Nouvelle-Guinée. Son premier objectif sera d'achever l'étude comparative avec le voyage de La Boudeuse d'autrefois. Le second d'aller un peu plus loin dans le symbole de " l'esprit de Bougainville " en essayant de retrouver les trois derniers coffres laissés derrière lui par l'explorateur et son équipage. Un seul but à cela, bien sûr : rendre hommage aux 330 hommes qui en 1767 s'aventurèrent les premiers sur ces mers alors inconnues.




6. l'île du trésor englouti

l esprit de bougainvilleUn jour de l'hiver 1998, les pêcheurs Philippins spécialisés dans la pêche en eaux profondes avec les moyens de fortune, s'aventurent dans une zone qu'ils n'ont encore jamais prospectée au sud-est de l'île de Palawan. Les fonds sont clairs, les requins moins nombreux qu'ailleurs et la mer calme en cette saison.

Ces pêcheurs ne possèdent que des pirogues. Mais ce qu'ils cherchent, ce sont les gros poissons des profondeurs que seuls des bateaux importants avec de grands filets peuvent normalement espérer remonter. Ils plongent, aidés d'un simple narguilé, presque nus malgré le froid qui règne sous la surface de l'eau. Un métier terrible qui tue les hommes en quelques années.

Par moins 47 mètres ce jour-là, ils tombent tout à coup sur la forme allongée d'un navire vaguement dessiné sur le fond. Les épaves sont nombreuses aux Philippines et ils ne sont pas étonnés outre mesure.

Ils fouillent autour d'eux et, au milieu des débris de bois, ils découvrent des poteries, les restes de vaisselle, des objets étranges qu'ils remontent aussitôt.

Quelques jours plus tard, ils avertissent la Société "Underwater Archaeology" de leur découverte.

Cette société qui travaille en relation avec le musée national philippin a été crée il y a quelques années par un Français, Louis-Paul HEUSSAF qui dirige d'importantes sociétés à Manille. Il entretient tout un réseau de pêcheurs le long des côtes philippines afin d'être prévenu des découvertes éventuelles.

Le responsable opérationnel "d'Underwater Archaeology" débarque bientôt à Palawan. Il s'appelle Gilbert FOURNIER. Il a 60 ans et c'est un vétéran de l'archéologie sous-marine dans cette région. C'est notamment lui qui le premier a plongé sur la fameuse épave du San Diego dont on a parlé dans le monde entier. Quelques mois plus tôt, il a aussi achevé l'exploration d'un navire anglais coulé aux Spradley. Et il vient juste d'entamer les fouilles d'une jonque chinoise du 16ème siècle remplie à ras-bord de poteries Ming.

FOURNIER plonge à l'endroit indiqué par les pêcheurs et découvre l'épave telle qu'ils la lui ont décrite. Elle ne ressemble à rien de ce qu'il a vu jusqu'à présent. Visiblement, elle est très ancienne. Il fouille lui aussi avec beaucoup d'excitation et remonte bientôt des poteries aux formes qui ne lui rappellent rien de connu.

De retour à Manille, il décide avec Louis-Paul HEUSSAF d'envoyer dans un laboratoire scientifique en France des échantillons de ces découvertes afin de les faire dater au carbone 14. Ils subodorent quelque chose de très important.

La réponse du laboratoire arrive quelques temps plus tard : l'épave date d'au moins 500 ans avant Jésus-Christ. Qu'un navire d'une époque aussi reculée ait pu se trouver à cet endroit remet en question toutes les théories sur la navigation dans cette région du monde. La découverte est effectivement exceptionnelle…

L'équipe de "L'esprit de Bougainville" et les hommes "d'Underwater Archaeology" ont décidé de mener ensemble l'exploration de cette épave mystérieuse

L'expédition aux Sulu une fois achevée, La Boudeuse mettra le cap sur l'île de Palawan à quelques jours de mer seulement, et mouillera directement au-dessus de l'épave. Le navire de HEUSSAF et FOURNIER rejoindra la jonque à ce moment-là et les deux équipes de plongeurs se mettront au travail pour l'une des explorations les plus prometteuses de cette campagne.

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La Boudeuse a fait naufrage près de Malte



La Boudeuse, réplique d&#8217;une jonque chinoise de 30 mètres du XIXe siècle, a coulé dans la nuit de mercredi 15 mars 2001 à jeudi au large de Malte. L&#8217;équipage, composé de sept personnes, est sain et sauf.<br><br>

La Boudeuse revenait d&#8217;une campagne d&#8217;exploration dans la zone des îles qui se déploie entre le golfe du Bengale et la Mélanésie (des Andaman aux Salomon en passant par les îles des mers de Malacca, Java, Flores, Macassar, Moluques, Célèbes, Philippines, etc.). <br><br>

L&#8217;équipe était constituée de l&#8217;écrivain et explorateur Patrice Franceschi, et de scientifiques. L&#8217;idée était de conduire une exploration dans l&#8217;esprit de Bougainville, explorateur du siècle dernier. <br><br>

Au moment où le bateau a coulé, sept personnes se trouvaient à bord pour le convoyage. Ils ont été récupérés par un pétrolier iranien. <br><br>


jeudi 15 mars 2001 01:00
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